L'oiseau blanc ou sous le signe de la sciatique

Il avait pensé : « On va faire péter l'Univers ! » Et il le lui avait dit.

04 juillet 2007

Une petite feuille, le vent : Juin 2005

Vibration quantique

[ Samedi 2 Avril 2005 Le pape Jean-Paul deux vient de mourir – Décès constaté à 21h37. ]

feuille_1

réf : http://richardgre.blog.lemonde.fr/files/feuille_1.jpg

La fenêtre du studio est légèrement entrouverte, les rideaux ondoient doucement sous la caresse de ce vent printanier, ainsi que la petite feuille posée à l’extrémité du bureau.

Elle frissonne ainsi tendrement sous le frôlement de l’air. Tout est mélodieux. Une personne entrant dans la pièce n’aurait vu que calme et immobilité, chaque chose étant là, à sa place, alors qu’avec un peu plus d’attention et de perspicacité, il se serait vite aperçu que les apparences étaient trompeuses, et que tout frémissait.

Paradoxe éternel de l’immuable et de l’évolutif...

Chaque objet entre en résonance avec la pulsation environnante, vibrant selon sa propre nature, sans heurt ni violence, en communion avec le souffle aérien ambiant.

Le vent a pris possession de la pièce et circule joyeusement dans tout l’espace. Mais ce n’est pas réellement une prise de pouvoir : simplement l’utilisation de son don particulier. Car il sait que tout un chacun participe à l’harmonie qui s’est créée. Sa présence est certes importante, mais seul, il n’aurait pu prendre conscience de son essence.

Son don particulier est de faire vibrer les êtres et les choses à travers les caresses qu’il prodigue à toute rencontre sur son chemin. Il est son propre souffle, mais aussi la vibration infra-sonique sur le verre de cristal, l’ondoiement des tissus des rideaux, le crissement presque frénétique du sac poubelle, la rugosité des fauteuils en rotin, l’odeur de l’encaustique du bureau, l’encre fraîche de la minuscule feuille de papier posée à son extrémité.

Il est souffle, aveugle à lui-même mais se ressentant à travers la pluralité des autres.

De même, tout objet est aveugle à sa propre nature, et cependant conscient d’exister par l’intermédiaire du courant d’air qui l’enveloppe.

Paradoxe de la vie...

La petite feuille est heureuse, et ressent de tout son être la joie de vivre la volupté de l’existence.

Mais intérieurement, elle se sent frustrée d’en rester là, son ego souhaite autre chose : un frisson plus intense, une convulsion amoureuse, ou tout autre sensation inconnue.

Oh, elle ne demande pas grand chose, ni que cela dure pour l’éternité, mais uniquement un court instant pour elle et pour sa propre essence, elle désire ardemment un frisson nouveau.

Rien que pour elle, oublier un court moment l’harmonie universelle, être entièrement et pleinement égoïste.

A vrai dire, chacun des éléments de la pièce ressent ce désir purement égoïste, mais celui-ci reste enfoui en eux, la jouissance du moment étant la plus forte.

Le vent a aussi une pensée de ce genre et décide de vibrer un peu plus intensément.

Juste un court moment. Un court instant.

Oh, uniquement un minuscule changement, cela ne risquait pas de perturber l’ordre et tout reviendrait comme avant une fois son expérience achevée. Un saut quantique minuscule en quelque sorte, juste pour voir.

Coïncidence, ces deux pensées entrent en résonance au même instant.

Ainsi, le vent augmente très légèrement l’intensité de son souffle, alors qu’au même instant la petite feuille décide avec toute sa force de conviction de faire vibrer ses molécules de façon plus ordonnée.

La conjonction de ces deux évènements provoque l’envol de la feuille.

Elle tournoie dans l’air, quittant la stabilité du bureau.

Le saut dans l’inconnu, faire confiance.

Le frisson de la peur et aussi l’extase du renouveau.

Le temps de virevolter quelques secondes, tout l’univers des possibles se met ainsi à exister, un temps de suspens pour toute réalité.

La dépense d’énergie est considérable, la petite feuille ne peut rester suspendue dans l’air éternellement. Doucement, tournoyant à plusieurs reprises, elle redescend lentement.

Un des possibles va se réaliser, la petite feuille se pose délicatement à terre.

L’univers a une nouvelle fois basculé et rien ne sera plus comme avant.

Posté par Pluto à 06:00 - Vibration fébrile - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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