04 juillet 2007
ANNEXES - textes
L'EXAMEN
Les personnages :
L'ange
Gilbert
Le décor représente un bureau. Des affiches "bon-dieuseries " sont collées au mur. Un homme est assis,entouré de dossiers et pianotant sur un micro portable. Il est en chemise, tout en blanc, la chemise largement ouverte, un clope aux lèvres. Au devant du bureau un énorme sablier et un téléphone portable. On frappe à la porte. L'homme, surpris se redresse, jette sa cigarette, ferme sa chemise et se met une auréole. On frappe à nouveau.
L'ange - Oui, oui... Un moment...
Il sort un petit miroir de poche et se remaquille en se mettant un peu de rose aux joues, et se repeigne. Puis il prend une attitude "béate" en joignant ses mains.
L'ange - Vous pouvez entrer...
Gilbert ( il ouvre et entre en restant sur le pas de la porte ) - Je suis pas trop à la bourre ?
L'ange - ( regardant le sablier ) Oh, seulement de quelques grains. Je vous en prie, asseyez vous. Juste un instant et nous sommes à vous. ( Gilbert s'assoit, l'ange continue à lire des dossiers qu'il annote. Puis il les referme et s'adresse à Gilbert ) Bon, à nous maintenant. ( Il ouvre un tiroir pour en extraire un épais dossier) Monsieur Chapougnot... Ah ! Votre coma se passe-t-il comme vous voulez ?
Gilbert - Du tonnerre, je vous remercie...
L'ange - ( regardant son agenda ) Oh, mais nous constatons un léger contretemps...
Gilbert - ( inquiet, se penchant sur le dossier ) Rien de grave, j'espère ?
L'ange - Non, non. Seulement un problème administratif que nous allons vite régler. Vous devez bien passer votre examen en Avril, non ?
Gilbert - Oui, c'est cela : Le 19 exactement.
L'ange - Bien... ( un temps ) Cela vous dérangerait-il de l'avancer... disons d'une semaine ?
Gilbert - Heu... Je ne sais pas... Mon enterrement était prévu le 17. C'était une date qui convenait à toute la famille, alors...
L'ange - Ne vous inquiétez pas, Monsieur Chapougnot ! Nous nous occupons de tout.
Gilbert - Oui, bien sûr, mais quand même...
L'ange - Allons, vous nous connaissez, nous sommes une entreprise sérieuse!
Gilbert - Oui, oui... Mais une semaine de moins, comme cela... Faudrait que je puisse m'habituer à l'idée...
L'ange - Ecoutez : nous sommes prêt à faire un geste si vous acceptez.
Gilbert - ( intéressé ) Oui ?
L'ange - Eh bien nous pourrions faire gagner votre femme au Loto. ( il ouvre son agenda ) disons au tirage du 6 Juin. ( il se reprend ) Ah non, tout est déjà pris. Plutôt le 13. Cela vous irait ?
Gilbert - ( surpris ) Vous pouvez trafiquer les résultats du Loto ?
L'ange - Oh, mais pour la bonne cause ! Uniquement pour la bonne cause ! C'est un des moyens les plus efficaces que nous avons trouvé pour réparer certaines injustices.
Gilbert - C'est fort de café votre truc !... Je croyais pourtant que " Dieu ne jouait pas au hasard... ".
L'ange - Mais, nous ne jouons pas ! Nous précédons quelque peu les résultats, voilà tout. Vous me semblez un peu "angélique".
Gilbert - Et la " Française des Jeux " est au parfum ?
L'ange - Si la " Française " est au...( il rigole ) Ah, ah, ah ! ( il se penche vers Gilbert ) C'est une société écran. Que nous avons créée de toute pièce !.
Gilbert - Oh !
L'ange - Allons, allons ! Ne soyez pas naïf ! ( air éberlué de Gilbert ) Mais enfin, il faut vivre avec son temps ! Business et compagnie ! Nous n'allions tout de même pas continuer à fonctionner à coup de miracles ! Les poissons transformés en petits pains, l'eau en vin et tout le toutim ! Cela fait un peu archaïque tout de même à l'heure des portables, i-mail et le reste !
Gilbert - Ouais, vous avez sûrement raison. Mais je suis un peu... "surlecuté". L'idée de la religion...
L'ange - Dîtes donc, vos hommes politiques pratiquent bien de même, non ? ( un temps ) Alors, pour le " Loto ", vous êtes d'accord ?
Gilbert - ( à moitié convaincu ) Ouais... Et ça fait combien de tunes ?
L'ange - ( il sort une calculette ) Attendez ( il fait des tas de calculs complexes qui impressionnent fort Gilbert. Après avoir déroulé une bonne longueur de ruban, l'ange lit le dernier résultat ) Cinq cent soixante six mille trois cent quarante cinq Francs !
Gilbert - Ah ?
L'ange - Oui, quatre vingt six mille trois cent trente neuf euros, si vous préférez.
Gilbert - Pas mal ! ( réfléchissant ) Faut que je voie... ( un temps ) Mais si j'accepte, faut être réglo : vous me le mettez noir sur blanc.
L'ange - Oh, Monsieur Chapougnot. Encore une fois, notre maison a une réputation d'honnêteté qui date déjà de plus de deux millénaires !
Gilbert - Je dis pas ! Mais je ne serai plus là pour vous rappeler votre proposition. Même les saints peuvent être soupçonneux. Tiens, vot' Saint Thomas par exemple !
L'ange - Soit... ( se penchant à l'oreille de Gilbert et à voix basse sur un ton conspirateur ) Votre défiance risque de mal passer. Si cela venait à se savoir en haut lieu. Mais ne craignez rien, nous ne dirons rien... ( L'ange prend une feuille et écrit. puis il lui montre la feuille ) Nous la ferons signer dès ce soir au patron. Alors, comme cela vous êtes satisfait ?
Gilbert ( il relit ce que l'ange vient d'écrire ) - Ouais... Mais pourquoi tenez vous à décaler ma date d'examen ?
L'ange - Manque de personnel, les trente cinq heures, une grève de la section des angelots... Et puis un gros arrivage prévu. Un avion doit s'écraser le Vendredi 13 Avril. Juste avant Pâques, période chargée, s'il en est ! Nous avons bien pensé provoquer une grève des pompistes pour diminuer les accidents à cette période, mais si nous pouvons éviter d'intervenir, en décalant un certain nombre d'examens, cela serait mieux pour tout le monde.
Gilbert - Ah, j'entrave mieux...
L'ange - Bon .. Venons en à ce qui vous amène : la préparation à votre examen d'entrée. Vous avez passé la première partie ?
Gilbert - L'examen de conscience ?
L'ange - Oui, c'est cela.
Gilbert - Je l'ai passé hier.
L'ange - Avec qui ?
Gilbert - Sainte Gudule. Un vrai coup de bol. On est originaire du même bled. Forcément, ça créé des liens. Je l'ai eu "fingers in the nose".
L'ange - Excusez nous, nous ne comprenons pas. Ici, c'est uniquement la section francophone.
Gilbert - Ouais, les doigts dans le nez, si vous préférez. J'ai toujours eu le cul bordé de nouilles.
L'ange - ( voulant éluder la familiarité ) Bien sûr, bien sûr. Et comme matière optionnelle, vous avez choisi ?
Gilbert - L'histoire de la religion chrétienne, les deux testaments.
L'ange - Comment les sentez vous ?
Gilbert - La première partie, Jehovah, Moïse, Abraham et toute la smala, ça va... Peu avant mon accident, ils avaient repassé les Dix Commandements à la télé, ça aide...
L'ange - Et le second testament ?
Gilbert - La première partie, ça va...
L'ange - Et le second testament ?
Gilbert - Je n'ai pas encore eu le temps de tout revoir : j'en suis au dîner de bienfaisance donné par le groupe...
L'ange - ( l'interrompant ) le dîner ?...
Gilbert - Ouais, le récital style restos du cœur. Là, quand il y a ce type, Judas, qu'a un rencard et qui part avant la fin du spectacle...
L'ange - ( l'interrompant à nouveau) Oh là, oh là ! Il y a des choses à mettre au point, dites donc ! Bon nous verrons cela un autre jour, aujourd'hui, nous allons plutôt réviser la pratique.
L'ange se lève et apporte une chaise puis il se dirige vers l'armoire et en sort des ailes. Il les met à Gilbert.
Gilbert - Ca me serre. Elles ne sont pas un peu petites ?...
L'ange - Je sais bien, mais le second moniteur a du emprunter les vôtres.
L'ange aide Gilbert à enfiler ces ailes, et lui fixe les rétroviseurs et les clignotants.
Gilbert - Vous .. vous ne m'accompagnez pas ?
L'ange - Non, c'est le grand jour ! Pas de conduite accompagnée aujourd'hui. ( Gilbert se montre inquiet ) Allons, ne vous inquiétez pas, nous sommes là.
Après avoir débridé ses ailes et mis son clignotant, Gilbert commence à battre des ailes.
L'ange - Holà, holà !
Gilbert s'arrête de battre des ailes.
Gilbert - Ca va pas ?
L'ange - Vous n'avez rien oublié ?
Gilbert - Euh... je ne crois pas... Clignotants... Frein desserré... ( un temps ) Ah, j'ai dépassé le cinquante battements à la minute ?
L'ange - L'auréole, Bon Dieu... ( il s'aperçoit du blasphème et se met à genoux en faisant plusieurs signes de croix ) Oh, Notre Tout puissant Seigneur, Votre Divinité bienfaisante, Votre Grandeur éternelle, Bobby, pardonnez notre blasphème !
Gilbert -... Bobby ?
L’ange - ( se relevant ) Eh bien oui quoi ? Bobby ! ( mine incrédule de Gilbert ) C'est le petit nom de Notre Seigneur ! ( en confidence ) Robert Gandier pour l'état civil... Mais chut ! Aucun mortel ne doit prononcer son nom. ( un temps ) Alors, votre auréole ?
Gilbert -... Ben...
L’ange - Vous avez oublié que son port est obligatoire ?
Gilbert - Non, mais le stress...
L’ange - Et bien, oubliez donc votre auréole en ayant Gab' comme examinateur, et vous verrez !
Gilbert - Qui ça ?
L'ange - Gab ! ( un temps - mine incrédule de Gilbert ) Gaby ! ( un temps - même jeu de Gilbert ) L'ARCHANGE GABRIEL ! Un militaire à la retraite, ancien pourfendeur de dragons ! Avec lui, pas de passe droit ! Nous vous souhaitons beaucoup de plaisir si vous tombez sur lui...
Gilbert – Vous... vous me foutez les chocottes. Je suis cardiaque vous savez. ( mettant la main sur son cœur ) Mon cœur ! Je ne le sens plus.
Gilbert va pour s’affaler.
L'ange – ( riant ) Allons, Monsieur Chapougnot... Vous ne risquez rien, nous veillons sur tout. De toute façon, vous êtes virtuel. N’oubliez pas que votre esprit véritable est plongé dans le coma.
Gilbert – ( peu rassuré ) Vous êtes sûr ?
L'ange – Mais oui, ne vous en faîtes pas. ( il fouille dans ses dossiers et en sort une feuille ) Une dernière formalité : si vous pouviez nous signer ce formulaire, sur la date de votre examen.
L’ange tend un stylo à Gilbert qui signe la feuille. L’ange reprend la feuille. Un doute soudain le travaille.
L'ange – Dîtes moi, Monsieur Chapougnot, vous avez changé de signature ?
Gilbert – Non, pourquoi cette question ?
L'ange – Dans votre dossier, on a ça comme parafe de référence.
Gilbert – Faîtes voir ? ( l’ange lui montre ) Ah, je reconnais ! C’est l’écriture de Joséphine.
L'ange – Joséphine ?
Gilbert – La belle-doche... D’ailleurs, si je me retrouve ici, c’est bien à cause d’elle.
L'ange – Un horrible pressentiment... Vous pouvez nous expliquer ?
Gilbert – On a eu des mots... Elle s’est mise en colère. Oh, ce n’était pas le première fois. Mais là, elle était ronde comme une queue de pelle. J’ai pas eu le temps de réagir, le temps que je prenne le couteau, paf ! La soupière en pleine tronche. Et me voilà...
L'ange – Mais ça ne va pas du tout. Vous permettez ? ( l’ange prend son portable et compose un numéro ) Le bureau des scénarios ? Oui ? (... ) Nous avons un problème avec le dossier Joséphine... Attendez ( à Gilbert ) Quelle est le nom de votre belle-mère ?
Gilbert – Rombier. Joséphine Rombier.
L'ange – ( à son interlocuteur ) Le dossier Rombier. (... ) Ah, vous l’avez ! Pouvez vous nous faire un résumé du scénario ? (... ) Entrevue orageuse... (... )... Oui... (...) Empoignade, soupière jetée... Oui... (... ) Esquive, coup de couteau, oui... (...) Décès de notre cliente... Joséphine Rombier !
Gilbert – Ouais, j’avais bien senti que cette bagarre, c’était pas catholique.
L'ange – ( à Gilbert, outré ) Monsieur Chapougnot !
Gilbert – Sauf votre respect...
L'ange – ( à son interlocuteur ) Qui suivait le dossier Rombier ? (... ) Mathurin Duchemou ?
Gilbert – Duchemou ? Mais je le connais ! Une sacrée crapule !
L'ange – Vous pouvez nous expliquer?
Gilbert – Oh, c’est de la vieille histoire... Il y a vingt cinq ans, il m’avait vendu un pavillon. Une arnaque ! Mais je me suis vengé. J’ai... un peu bricolé sa tire. Le virage à la sortie de Saint Mitouflet, c'est traitre...
L'ange – Quoi ? Mais vous ne nous avez jamais raconté cette histoire...
Gilbert – Plus de vingt-cinq ans ! Il y a prescription...
L'ange – Prescription ! Parlez pour vous. La justice divine ne connaît pas la prescription. ( s’épongeant le front, nerveux ) Et vous avez voulu vous débarrasser de Madame Rombier. C'est extrèmement préoccupant tout cela. Vous ne pouvez prétendre au paradis.
Gilbert – Allons. Un beau geste. ( l'ange refuse. Un temps) Et puis c'est surtout la faute à l'autre : ce Duchemou...
L'ange – ( s’épongeant le front, nerveux ) Ce Duchemou, nous aurions du nous méfier. Si Boby venait à le savoir. ( à Gilbert ) Il va falloir vous renvoyer sur terre et récupérer Joséphine... ( soucieux ) Et comment rendre tout cela plausible. ( il s’essuie à nouveau le front ) Avec Lazarre, on avait réussi à rattraper le coup, mais aujourd'hui les miracles...
Gilbert – Hé, pas question de retourner sur terre ! Tout est prévu pour mon enterrement, je me suis préparé à fond pour l’examen, alors ! Et puis ce Duchemou, je vais m’en aller lui dire deux mots. C'est lui qu'aura bricolé votre scénar pour en changer la fin !
L'ange – Monsieur Chapougnot, voyons... Toute violence est interdite, ici. Le séraphin Duchemou a certes commis une erreur, nous ne voulons pas savoir si c’était intentionnel ou non. Mais vous devez retourner sur terre. Tout l’avenir en dépend.
Gilbert – ( en colère ) Essayer de faire cela, vous allez voir votre douleur : j'irai partout raconter partout quelle bande de pourris vous êtes.
L'ange – Ttttt, inutile Monsieur Chapougnot ! On vous prendra pour un illuminé, la terre en regorge.
Gilbert – J’alerterai des journalistes. Pour qu’ils aillent enquêter sur la "Française des Jeux" par exemple.
L'ange – ( brusquement ) Non, ne touchez pas à la "Française" ! Cest le chef d'œuvre de notre Tout-puissant.
Gilbert – Je vais me gêner. ( conciliant ) Allez, pourquoi diable... ( mine outragée de l’ange ) tenez vous tellement à récupérer Joséphine. Moi ou elle, c'est kif-kif...
L'ange – On voit que vous ne travaillez pas avec Boby. Sous son aspect divin, son esprit est assez... disons complexe. Tenez, venez voir. ( l’ange se met à pianoter sur son micro ) Nous simulons l'avenir des deux situations. ( Gilbert et l'ange se penchent sur l'écran du micro ) Vous voyez, au début, peu de changement, mais au bout de deux ans... D'un coté élection aux Etats-Unis du conservateur réactionnaire Harry Woodsworth, de l'autre du démocrate Francis smiley...
Gilbert – Effectivement... ( il regarde plus attentivement ) Oui, mais regardez : dans l'hypothèse où je décède, là...
L'ange – ( regardant aussi attentivement ) Ah ? Oui, bien sûr... Nous n'avions pas projeté aussi loin...
Gilbert – Et cela va tout à fait dans le sens de votre politique !
L'ange – Vous avez raison.( il réfléchit un instant ) Nous allons voir si cela peut s'arranger.
L'ange fait un numéro sur son téléphone mobile et attend.
Gilbert – ( montrant les ailes ) Pendant que vous bigophonez, je peux m'entraîner ?
L'ange – Hein ? Oui, bien sûr...
Gilbert se met les ailes.
L'ange – N'oubliez pas votre auréole !
Gilbert – Vous faîtes pas de bile !
Gilbert met son auréole et commence à battre de l'aile. Il tourne sur la scène un moment pour finalement sortir. L'ange attend impatiemment sa communication.
L'ange – ( s'impatientant ) Ah nom de Dieu, ces téléphones. ( il se rend compte du blasphème ) Putain de bordel de merde, à fréquenter le commun des mortels, nous en venons à employer de ces expressions. ( il se met à genoux en faisant plusieurs signes de croix ) Oh, Notre Tout puissant Seigneur, Votre Divinité bienfaisante, Votre Grandeur éternelle, pardonnez nous nos offenses ! ( il se relève et reprends son portable ) Mais c'est vrai, quand même : à quand des relais assez puissants... ( un temps, il obtient enfin son interlocuteur ) Ah, ce n'est pas trop tôt. Bonjour, nous aurions voulu parler à Bobby... ( sèchement ) C'est personnel, Mademoiselle. (... ) Oui, j'attends. ( un temps ) Allô ? Bobby ? Nous vous appelons au sujet du dossier Chapougnot. Nous pouvons vous en rappeler le contenu... ( il est interrompu ) Oh, pardon, nous avions oublié que vous êtes omniscient. Voilà : une erreur s'est glissée dans le dossier. Joséphine Rombier devait décéder et suite à une malencontreuse erreur, nous avons convoqué Gilbert Chapougnot pour l'examen. (... ) Attendez, ne vous mettez pas en colère : plutôt que le renvoyer, nous pensons que nous pouvons garder Chapougnot. (... ) Oui, nous le savons bien, mais en projection, avec l'élection de Francis Smiley, il y aura abolition de la peine de mort aux Etats-Unis. (... ) Si, si ! Et c'est une bonne pub pour l'image de notre boîte. (... ) Nous pouvons donc le garder ? (... ) Bien ! Mes respects divins, votre Toute-puissance !
L'ange raccroche. Gilbert entre à ce moment là, battant toujours des ailes.
Gilbert – Je crois que ça commence à venir. ( il retire ses ailes et son auréole ) Alors, pour mon affaire ?
L'ange – On vous garde. On peut dire que vous avez de la chance !
Gilbert – Le cul bordé de nouilles, je vous dis...
L'ange – ( faisant mine de n'avoir rien entendu, l'ange regarde son sablier ) Ah, je crois que notre temps est écoulé. ( il serre la main à Chapougnot ) On se revoit dans cent quarante sabliers, je crois ?
Gilbert – Exact. Adieu ! ( il rigole ) Je plaisante, à la prochaine !
L'ange – Au revoir et révisez bien votre deuxième testament !
Gilbert – Attendez moi. Pouvons nous faire un bout de ciel ensemble
L'ange – Pourquoi pas, je n'ai rien de prévu.
L'ange rejoint Gilbert.
L'ange – ( quittant la scène ) Nous sommes curieux de connaître votre histoire de maison et de vos démélés avec le séraphin Duchemou...
Gilbert – ( en coulisse ) Cet ordure de Duchemou, vous voulez dire...
( rideau )
VOT BON COEUR
A VOT BON COEUR
Les personnages :
Sophie-Charlotte
Gilbert
( des passants )
Le décor représente une rue. Un couple de clochards, lui “ stylé ”. Elle, arpente la rue en long en large et en travers. Lui est assis et lit. A coté, posée au sol, un sac quelconque et une grosse serviette en cuir. Elle, est debout, une tasse à la main.
Sophie-Charlotte – ( ayant aperçue un passant, elle tend la tasse et traverse la scène en le suivant ) S’il vous plaît, m’sieurs dames... Nous sommes à la rue et n’avons pas de quoi manger. Mon mari et moi recherchons un emploi depuis trois mois et nous avons besoin de votre aide pour passer ce cap douloureux. Nous ne demandons pas grand chose, rien qu’une petite pièce ou un ticket restaurant... A vot’ bon cœur... ( elle s’arrête, le passant ayant disparu – un temps )
Sophie-Charlotte – ( un nouveau passant arrive – elle le suit en traversant à nouveau la scène mais en sen inverse – toujours tendant la tasse ) S’il vous plaît, m’sieurs dames... Nous sommes à la rue et n’avons pas de quoi manger. Mon mari et moi recherchons un emploi depuis trois mois et nous avons besoin de votre aide pour...( elle s’arrête, le passant ayant disparu – un temps où elle le regarde s’éloigner, la tasse tendue ) Espèce de corne cul ! ( pendant son injure, quelqu’un lui a mis une pièce dans la tasse ) Oh merci bien ! Bonne journée ! (elle suit la personne un temps puis regarde l’aumône ) Cinquante centimes ! Non, mais on se fout de nous ! ( elle se dirige vers l’homme assis ) Hé, Momo, t’as vu cet aigrefiin ? Non, mais quel hypocrite ! ( voyant Momo assis ) Et toi tu dis rien ! T’es là, comme un légume, à attendre que ça se passe... ( un temps ) Qu’est-ce tu fais ?
Gilbert (toujours continuant à lire ) – Je lis...
Sophie-Charlotte – Tu lis ! Non mais je rêve ! Tu pourrais pas te bouger un peu, si tu crois que ça va nous tomber tout cru dans le bec. Allez, bouge tes fesses. ( un temps ) Qu’est-ce tu lis ?
Gilbert – Kant... Critique de la raison pure...
Sophie-Charlotte – Kant ?
Gilbert – Un philosophe allemand. Qui a ramené l’ensemble des pouvoirs de l’esprit aux trois domaines : le pouvoir de connaître, le pouvoir de désirer et les sentiments de plaisir et de déplaisir.
Sophie-Charlotte – Ouais, ben critique ou pas, coté déplaisir, j’ai le sentiment de me faire rouler ! alors tu vas t’activer et me donner un coup de main. (un temps ) Allez, bouge toi les miches ! ( elle lui prend le livre des mains )
Gilbert – Eh, prenez garde, c’est un in-quarto ! inestimable ( il lui reprend le livre qu’il range méticuleusement )
Sophie-Charlotte – In-quarto ! In quarto ! Et ça ( lui montrant sa main, prête à frapper) c’est ma giroflée à cinq branches ! Alors, tu “ mouves ” et en vitesse. ( elle lui donne la tasse )
Gilbert – ( il se lève de mauvaise grâce ) Oh, Sophie-Charlotte, ne vous fâchez pas...
Sophie-Charlotte – ( s’asseyant ) A toi de jouer, que je voie comment tu te débrouilles...
Gilbert – ( il arpente la rue, un peu mal à l’aise – des passants arrivent ) Mesdames, mesdemoiselles, messieurs. Veuillez m’ouïr un court instant : Actuellement dépourvus de domicile et de quelque ressource pécuniaire qui permettrait de nous sustenter, nous sommes en quête d’une activité rémunératrice depuis le début du trimestre. Nous vous serions extrêmement obligés si vous aviez l’amabilité de nous céder quelque menu piécette ou coupon permettant de régler la facture d’une table d’hôte. Encore merci par avance. ( un temps où il attend immobile – puis il se retourne vers la femme ) Cela ne semble pas donner les résultats escomptés...
Sophie-Charlotte – ( hilare ) Et ça t ‘étonne ?
Gilbert – Euh... Je ne sais pas... ( un temps ) Peut-être le quartier n’est pas propice à ce genre d’activités ?
Sophie-Charlotte – Pas propice, pas propice... Et qui a voulu changer de secteur ?
Gilbert – Oui, bon, vous n’allez pas remettre le couvert Sophie-charlotte.
Sophie-Charlotte – Le couvert ! Tu as de ces mots ! N’empêche qu’avec tes principes, tu vois où ça nous mène ! Alors qu’on était tranquille, peinard, avec des horaires réguliers : 18 - 19 heures les jours de semaine, 19 heures 20 heures 30 les samedis . On pouvait même se payer des grasses mat’ !
Gilbert – Sophie-Charlotte, vous savez parfaitement que je ne peux transiger avec mes convictions.
Sophie-Charlotte – Ouais, bien sur ! Ton indécrottable puritanisme religieux à la mord moi le noeud ! Jamais j’aurais du t’écouter.
Gilbert – Je conviens parfaitement que ce point est un sujet de discorde entre nous. Mais il m’est impossible de renier les enseignements inculqués par ma famille. Et faire l’aumône aux portes des églises est au dessus de mes forces.
Sophie-Charlotte – Oh, pauvre biquet !
Gilbert – Ne vous gaussez pas Sophie-Charlotte. J’aperçois d’ici les mânes de mes ancêtres, horrifiés par cet acte. M’imaginez vous, lors de mon décès, prendre place dans le caveau de famille sans que le rouge de la honte ne me monte au front ? ( il frisonne à cette idée ) Brrr ! Je les vois, là, dans leur tombeau, se retournant tous d’un seul bloc !
Sophie-Charlotte – Fous donc la paix à tes ancêtres, tu vas me faire chialer ! Et à propos de se retourner, retourne donc au turbin !
Gilbert – Je constate encore une fois que nous ne serons jamais d’accord. Cela me navre sincèrement, je vous le dis comme je le ressens, Sophie Charlotte !
Sophie-Charlotte – Eh, arrête tes éculubra...tes ébrulucu... euh tes délires. ! Et magne toi, je commence à avoir la dalle ! ( elle prend par curiosité le livre sur Kant )
Gilbert – ( il arpente à nouveau la rue) Mesdames, mesdemoiselles, messieurs. Veuillez m'ouïr un court instant : Actuellement dépourvus de domicile ... ( Sophie l’interrompt )
Sophie-Charlotte – Oh, Momo ! Tu vas pas encore nous dégoiser tout ton laïus ! Abrège, résume, va à l’essentiel ! Tiens, attend, ça ira plus vite : t’as de quoi écrire ?
Gilbert – Oui, dans ma besace. ( il fouille dans son sac et en retire une plume d’oie énorme, un encrier et un parchemin )
Sophie-Charlotte – Qu’est ce que c’est que ces trucs ?
Gilbert – Mes accessoires calligraphiques...
Sophie-Charlotte – ( regardant les objets ) Toi, t’es vraiment trop ! Bon, on va faire avec... ( ils s’assoient – ils sont de dos - et elle écrit. Puis elle lui donne le texte )
Gilbert – ( il le lit puis... ) Un peu familier, ne pensez vous pas ?
Sophie-Charlotte – Oh, eh ! C'est pas ton discours d'entrée à l'académie tout de même. Et puis, je te signale qu'il est presque midi et y’a urgence si on veut becqueter. ( pendant qu’ils discutent, un passant leur a mis une pièce dans la tasse. Au bruit de la pièce, ils se retournent et regarde au fond de la tasse ) Dix balles ! On s’est pas foutu de nous... ( au passant qui a disparu ) Merci bien, m’sieur ! Bonjour à vot’ dame ! Allez, Momo, faut battre le fer tant qu’il est chaud. ( elle le pousse pour qu’il se lève )
Gilbert – ( Il arpente la rue, d'abord sans rien dire, puis il prend son texte qu'il lit ) S’il vous plaît, m’sieurs dames. C’est. la dèche, nous sommes à la rue et nous avons faim… A vot’ bon cœur… ( Un temps – il repart dans l’autre sens ) S’il vous plaît, m’sieurs dames. C’est. la dèche, nous sommes à la rue et nous avons faim… A vot’ bon cœur… ( Un temps – même jeu que précédemment ) S’il vous plaît, m’sieurs dames. C’est. la dèche... ( il aperçoit quelqu'un qui l'appelle ) Comment ? ( un temps ) Vous désirez vous entretenir avec moi ? ( il se recule vers Sophie-Charlotte, tout en regardant la personne qui l'a interpellé ) Un instant s'il vous plaît... ( à voix basse ) Sophie ( elle ne l'entend pas, plongée dans sa lecture - plus fort...) Sophie-Charlotte...
Sophie-Charlotte – Ho, tu ne vois pas que je lis...
Gilbert – Il y a un individu louche qui semble vouloir s'entretenir avec moi...
Sophie-Charlotte – ( toujours dans son livre ) Hmmm...
Gilbert – Sophie... Il insiste... ( à l'inconnu ) Oui, oui, tout de suite... ( à Sophie ) Qu'est-ce que je dois faire ? ( relevant la tête, Sophie dévisage Gilbert. Celui-ci lui fait signe de la tête, indiquant le personnage qui l'appelle ) Il insiste pesamment...
Sophie-Charlotte – Hé bien, qu'est-ce t'attends ? Vas y ! (elle se replonge dans son livre )
Gilbert – Bien... ( il obtempère avec crainte ) Bien... ( il sort de scène )
Un temps se passe - Sophie-Charlotte continue à lire - de temps en temps elle rit
Sophie-Charlotte – Pfff ! ( un temps ) Oh non... ( un temps ) C'est pas possible ! ( elle rigole ) Ah, il est trop ce type...
Gilbert revient, un papier à la main
Sophie-Charlotte – Ah t'es revenu ! Alors, qu'est-ce qu'il te voulait ce gugusse ?
Gilbert – Euh... Je ne sais pas. Il m'a juste donné ça
Sophie-Charlotte – Un billet ?
Gilbert – Non, c'est un papier...
Sophie-Charlotte – Ç'aurait été trop beau ! Fais voir ?
Gilbert lui tend le papier - Sophie le lit
Sophie-Charlotte – ( ayant fini de lire s'adressant à Gilbert ) Kant, ce philosophe immense, dans sa très grande sagesse a dit : " il ne faut rien accepter sans examen... ". Bien ! Il a aussi dit : " Il faut regarder tout de ses propres yeux et examiner tout jusqu'au fond... " Donc, j'examine à fond...
Elle regarde à nouveau le papier, puis le plie et le met dans sa poche. Enfin, elle se lève, range calmement toutes leurs affaires, prend son sac et donne l'autre à Gilbert.
Sophie-Charlotte – Ce papier : c'est une convocation au poste de police pour mendicité interdite, avec amende à la clé... Alors, suivant en cela les préceptes de Kant qui a aussi dit : " Ne tenez jamais compte d'aucune autorité qu'elle qu'elle soit... " ( elle saisit brutalement Gilbert par la manche et l'entraîne )... ON DECARRE, ET FISSA ! ( ils disparaissent en courant, alors qu'on entend des coups de sifflets )
Sophie-Charlotte – ( en voix off - decrescendo ) Finalement, ton Kant, Il a pas dit que des conneries !
( Rideau )
LA CERTIFICATION
Les personnages :
Mme Chapougnot
Mr Chapougnot
Le contrôleur
La scène se passe dans le salon d’un appartement bourgeois (mais sans ostentation) de style rustique (table, buffet, fauteuil, canapé). On voit à droite le couloir d’entrée qui mène au salon. Dans le couloir, un portemanteau au pied duquel se trouvent sept paires de mules et six paires de chaussures, toutes différentes. Mme Chapougnot est dans le salon, occupée à dresser la table.
Bruit de clés. Mme Chapougnot regarde sa montre (étonnée). Mr Chapougnot entre et referme la porte d’entrée. Il ôte son pardessus et ses chaussures qu’il laisse traîner et met une paire de mules. Il se dirige vers le salon, embrasse sa femme (un peu machinalement).
Scène 1 (Mme Chapougnot - Mr Chapougnot)
Mr Chapougnot - ’Soir...
Mme Chapougnot - Bonsoir. Dis donc, tu as vu l’heure ? (elle lui indique sa montre du doigt) Tu rentres un peu tôt, ce soir.
Mr Chapougnot - Mmm.
Mme Chapougnot - Tu as un justificatif ? Sinon, tu sais ce que cela peut te coûter.
Mr Chapougnot - J’ai. (il sort un énorme rouleau de papier de sa poche, qui est en fait un morceau de nappe en papier usagé où est inscrit une liste, et la tend à sa femme)
Mme Chapougnot - Qu’est-ce que c’est que ça? (elle commence à lire ) “ Mr Michon, Mr Langlois, Mlle Lambert, Mr... ” comment ? Dupl, Dagl...
Mr Chapougnot - Duglandard...
Mme Chapougnot - C’est écrit comme un cochon ! Vous ne deviez pas être frais !
Mr Chapougnot -... Le pot...
Mme Chapougnot - Ah! Oui, c’est vrai, tu m’en avais parlé ce matin. Le départ en retraite de ton collègue Berluron je crois ?... Mais qu’est-ce que ce bout de torchon prouve ?
Mr Chapougnot - (lui reprenant le rouleau de papier et le déroulant complètement) En bas... (il lui montre)
Mme Chapougnot - (elle lit) . “... et atteste la présence de M Chapougnot à mon pot de départ à la retraite, le 12 Avril 1996, avec l’autorisation spéciale de notre chef de Service pour un départ anticipé à 16h15... signé Berluron. ”. Bon, cela semble ok... (elle se dirige vers le buffet prendre une chemise où elle essaie de glisser tant bien que mal le rouleau de papier. Pendant ce temps, il s’assied dans le fauteuil - dos au public, seuls les pieds dépassent. Elle retourne vers lui et remarque alors ses mules)
Mme Chapougnot - Ah, non! Encore!... Tu le fais exprès, c’est pas possible! Tu as vu tes mules ?
Mr Chapougnot - (il regarde ses pieds) Mmmm ?...
Mme Chapougnot - Bon Dieu, on est Jeudi ! Tu veux vraiment t’attirer une remarque et qui sait, peut-être même une non conformité ? C’est tous les soirs la même chose. Retourne les changer. (elle lui montre le couloir du doigt)
il retourne docilement dans le couloir et change ses mules, après avoir hésité un moment pour savoir lesquelles mettre. Puis il retourne au salon et se rassied. Elle reprend son occupation du début : elle continue à mettre la table.
Scène 2
(Mme Chapougnot - Mr Chapougnot - Le contrôleur )
On sonne à la porte. Mme Chapougnot va ouvrir la porte d’entrée. Un homme (imperméable, chapeau feutre) qui tient un gros cartable.
Le contrôleur - Nous sommes bien chez... (il regarde une fiche qu’il tient à la main )... Mr et Mme Chapougnot ?
Mme Chapougnot - Oui ?
Le contrôleur - Je fais partie de l’association Couplos, où j’exerce la fonction de contrôleur. (il sort une carte de son imper) Vous pouvez vérifier...
Mme Chapougnot (qui lit la carte) - Bon Dieu ! Déjà un an ?...
Le contrôleur - Eh oui, chère Madame Chapougnot déjà un an depuis votre certification! Nous venons pour son renouvellement. Nous pouvons entrer ?
Mme Chapougnot -(intimidée) Bien sûr... (elle fait rentrer les deux personnes dans le salon qui s’assoient sur le canapé. Le contrôleur passe vers le fauteuil)
Le contrôleur - C’est votre mari ?
Mme Chapougnot - Oui. (Le contrôleur s’approche de lui et lui sert la main)
Le contrôleur - Enchanté, Mr Chapougnot.!
M Chapougnot -...’Soir.
Le contrôleur - (à Madame Chapougnot) Monsieur Chapougnot ne devrait-il pas être à son travail ?...
Mme Chapougnot - Si, mais il a eu une autorisation - hein Momo ?...
M Chapougnot - Mmmm...
Mme Chapougnot -... et je peux vous la montrer, si vous voulez. (elle se dirige vers le buffet)
Le contrôleur - Laissez , nous vérifierons cela tout à l’heure... Par contre, je suis obligé de noter que des chaussures traînaient dans le couloir. Celles de Mr Chapougnot, je suppose ? (il sort un carnet et un stylo pour écrire)
Mme Chapougnot - Euh... Oui.
Le contrôleur - (Le contrôleur écrit quelque chose sur son carnet puis le referme) Bon, venons en à votre dossier. Vous permettez ? (il montre la table pour s’installer)
Mme Chapougnot - Mais, bien sûr...
Le contrôleur - (il s’assied et ouvre son cartable pour en sortir un tas de chemises) Alors, reprenons votre dossier. C’était un contrat “ couple moderne ” ou “ couple ringard ” , rappelez moi?
Mme Chapougnot - Ringard ! Mais pas du tout ! Hein chéri ?
M Chapougnot - Mmm... Non...
Le contrôleur - (il jette un coup d’œil dans le salon) Je suis impardonnable, excusez moi, mais c’est évident et j’aurais du regarder le salon pour m'en rendre compte de suite ! Alors ne me dîtes pas, je vais essayer de deviner...(il fait le tour du salon) C’est décoré simplement, sans recherche sophistiquée, les meubles sont plutôt quelconques, mais cependant robustes, comme à l’ancienne. Ce n’est donc pas un contrat “ couple Grand Bourge ”.... (un temps)... Et l’absence de bibliothèque me fait écarter le contrat “ Intello ”. Ni objets farfelus, ni multitude d’appareillages électroniques... Pas de couleurs criardes, mais des tons pastels aux murs... A l’évidence, il ne peut s’agir du contrat “ Déjanté ”... Non, je pense qu’il s ‘agit plutôt d’un contrat “ Couple Classique ” avec option “ Rustique ”....
Mme Chapougnot - (admirative) C'est exactement cela... Eh bien ! vous êtes fort vous ! Hein Momo, qu'en penses tu ?
M Chapougnot - Mmm... Ouais...
Le contrôleur - Bon, revenons à nos moutons et examinons plus concrètement le dossier Chapougnot. (il ouvre une chemise) Notre dernière visite remonte à un an (il met ses lunettes) et je vois que nous avions noté quelques remarques et... ho là là ! depuis, cela ne s’est pas arrangé...
Mme Chapougnot - Pourtant, Nous avons fait des efforts.
Le contrôleur - Ne vous inquiétez pas, Madame Chapougnot... C’est surtout de votre mari qu’il s’agit. (se retournant vers lui) Dîtes moi, Monsieur Chapougnot, vous stagnez dans votre profession depuis un an, aucune promotion ces deux dernières années, ce n’est pas conforme à votre contrat. Comment expliquez vous cela ?
Mr Chapougnot - Les syndicats !... m’ont mis des bâtons dans les roues...
Le contrôleur - (il se lève ) Si vous nous expliquiez plutôt que les syndicats ont mis leur veto sur votre promotion, après votre altercation avec Salif le magasinier. Oui, quand vous l’avez traité de “ sale babouin ”.
M Chapougnot - (énervé) ‘sont toute une bande de maliens qui se croient tout permis. Faut bien se défendre...
Mme Chapougnot - Comprenez le, Monsieur Le contrôleur, il n’est pas méchant mon Maurice ! et diriger un service de manutention ce n’est pas facile...
Le contrôleur - Je comprends, mais ce n’est pas tout : Lors de la dernière réunion de l’association de locataires, votre mari a voulu expulser Youssef, sous prétexte qu’il n’était pas français d’origine.
Mme Chapougnot - Il a du agir sur un coup de tête. Hein Momo ?
Mr Chapougnot - Un coup de tête! (il se lève en colère) Ouais, un coup de boule tu peux dire, c’est tout ce qu’il méritait! Si je ne m’étais pas retenu...
Mme Chapougnot - L’écoutez pas, Monsieur Le contrôleur, il plaisante bien sûr, il plaisante. Ah, ah !
Mr Chapougnot - C’est ça, je plaisante ! Alors qu’on est entouré de types basanés, prêt à nous piquer notre boulot, notre fric et nos ASSEDIC... sans parler de nos femmes ! Vous ne me croyez pas ? Mais y’a qu’à sortir pour le voir !
Le contrôleur - Mais calmez vous Monsieur Chapougnot! Ecoutez, (il lui met la main sur l’épaule) je ne suis pas antiraciste, loin de moi cette pensée, mais un contrat est un contrat, ce n'est pas moi qui en ai rédigé les termes... Et pour un “ Classique Rustique ”, vos propos sont, comment dire... hors de propos, si vous me permettez l’expression. Bon, pas de non conformité pour cela, mais je suis bien obligé de vous mettre une remarque... (Monsieur Chapougnot se rassied) Par contre, Monsieur Chapougnot, il y a autre chose...
Mr Chapougnot - Comment ?
Le contrôleur - Oui, Monsieur Chapougnot. (il ouvre son carnet) Rappelez vous : le 18 Juillet dernier , vous avez été arrêté à un contrôle de police et verbalisé pour défaut de certificat d’assurance sur le pare-brise.
Mme Chapougnot - Le 18 ? Ah oui je m’en souviens (un temps) Hé alors, notre contrat ne nous interdit pas les P.V. !
Le contrôleur - Il ne s’agit pas de cela, Madame Chapougnot. Mais votre mari a contesté violemment les forces de Police. Or, les “ Classique Rustique ” sont à plat ventre à la vue d’un uniforme ! Ils rampent, ils bavent, ils quémandent... Hé oui, Madame Chapougnot, un respect viscéral pour l’autorité, la tradition et l’ordre les habitent, le moindre manquement au règlement les scandalisent. Alors, pensez ! Contester un représentant de l’ordre ! Plutôt mourir sur place !
Mr Chapougnot - L’avait pris de haut... Faut pas me chercher !
Mme Chapougnot - Il faut comprendre... Il faisait horriblement chaud, quatre cent kilomètres d’une traite...
Le contrôleur - C’est bien, c’est bien... Mais il y a pire, je crains...
Mme Chapougnot - Hein ? (regardant son mari) Qu’est-ce que tu as encore fait ?
Mr Chapougnot - Rien. Je ne vois pas...
Le contrôleur - Si, Madame Chapougnot : Votre mari a pris l’habitude de se mettre en short et débardeur dès son retour de travail.
Mme Chapougnot - Ah ce n’est que ça ! Il n’y a rien de mal! Un short et un débardeur, ce n’est pas interdit...
Le contrôleur - Non, je le sais bien, le contrat vous le permet en privé. Par contre, il est absolument défendu qu’un “ classique rustique ” ne se ballade sur son balcon dans cette tenue! Surtout au vu et au sus des Michon de la Pataudière ! Où va-t-on, je vous le demande !
Mme Chapougnot - Les “ Michon de... ” ? Connais pas...
Le contrôleur - Vos vis à vis de l’immeuble en face, un couple “ grand-bourge ”. Eh oui, Madame Chapougnot, les Michon de la Pataudière ont assisté plusieurs fois à cet affligeant spectacle. Si, si... Triste vérité!
Mme Chapougnot - Ce n’est pas possible, ces Michon vous mentent.
Le contrôleur - Sûrement pas. Nous avons leur témoignage, photos à l’appui et le tout devant huissier...
Mme Chapougnot - Allons donc ! Mon Momo n’aurait jamais pu se promener ainsi sur le balcon sans que je m’en aperçoive....
Le contrôleur - Mais vous ne connaissez pas toute sa duplicité : Il attendait que vous soyez sortie faire des courses pour accomplir cette infamie!
Mme Chapougnot - Non !
Le contrôleur - Si !
Mme Chapougnot - (à son mari) Tu as osé me faire ça !
Mr Chapougnot - Sophie-Charlotte... que j’t’explique...
Le contrôleur - Bon, vous aurez vos explications plus tard, je ne suis pas là pour ça. Mais vous comprenez qu’après tout ce que je viens de vous expliquer, nous ne pouvons vous renouveler votre certificat... trop de non conformités, je suis désolé.
Mr Chapougnot - (se levant brusquement) Ah non, cela ne va pas se passer comme ça... Deux ans que j’en bave, à la fermer, à me contrôler pour ne pas dire un mot plus haut que l’autre... Avec un boulot de con, dans une bicoque de merde !...
Mme Chapougnot - Oh ! Maurice ! Pas devant Monsieur !
Mr Chapougnot - Ouais, j’vais me taire tiens. (au contrôleur) Encore un coup des bougnoules !...
Le contrôleur - Je ne vous permet pas, Monsieur Chapougnot ! Je suis d’une famille française, depuis au moins trois générations. (il fouille ses poches pour sortir ses papiers) Vous pouvez vérifier, si vous ne me croyez pas. Jamais je n’aurais pu entrer à Couplos autrement !
Mme Chapougnot - Allons Momo!
Mr Chapougnot - (se calmant) Ca va, ça va (il se rassied).
Le contrôleur - Et puis, ce n’est pas moi qui ai choisi votre contrat ! Désolé, mais je ne peux renouveler votre certificat.
Mme Chapougnot - Oh non ! vous ne pourriez pas... passer sous silence ce...
Le contrôleur - Madame! Nous sommes assermentés ! Et nous avons des comptes à rendre devant la loi. Navré, mais vous ne pouvez rester ensemble, votre couple n’est pas conforme.
Mme Chapougnot - Oh non ! Cela fait deux ans que je suis avec Maurice, je m’y suis habituée...
Le contrôleur - C’est vrai que cela m’ennuie pour vous Madame Chapougnot. Aucune non conformité de votre part, pas une remarque....
Mme Chapougnot - Ah ça...
Le contrôleur - (réfléchissant) J’ai peut-être une solution...temporaire (Il fait un numéro sur son portable) Georges ? Dis moi est-ce qu'Albert est encore dans les parages ? Oui ? Mais c'est parfait ! Tu peux me le passer ? (un temps)... Dites moi Albert, il n'y a pas longtemps que vous venez d’entrer à Couplos et vous devez encore faire vos preuves... Cela vous dirait d’essayer un contrat "Rustique" pour une durée de... disons six mois ? Et pourquoi pas, plus si affinités ? (un temps)... Qu'est-ce que vous dîtes ?... Peur de ne pas être à la hauteur... Allons, pas de fausse modestie! Il faut se lancer que diable. (un temps) A la bonne heure ! On en reparle demain pour mettre les choses au point. Bonne soirée Albert !(Il raccroche) Et voilà le travail ! C'est ok ma petite dame !...
Mr Chapougnot - Et moi alors ? Je compte pour des prunes ?
Le contrôleur - Ah, Monsieur Chapougnot ! Je ne vous ai pas oublié ! Vous m’êtes très sympathique, vous savez.
Mr Chapougnot - Ca me fait une belle jambe.
Le contrôleur - Si, si je vous assure... Vous savez, le couple “ Beauf Extrême ” se porte comme un charme en ce moment et cela vous irait comme un gant. Je dois d’ailleurs contrôler un de ces couples. Je pense ne pas les confirmer, mari trop mou... Par contre avec la femme, vous pourriez faire l’affaire... Et là, pas de problème de débardeur! Ah ! ah ! Bon, nous verrons cela plus tard, réglons déjà le cas de Madame Chapougnot. (il s’installe à la table avec un contrat) Madame Chapougnot, si vous voulez vous installer... (Madame Chapougnot s’installe à la table)
Mme Chapougnot - (d'une voix timide) C’est possible... d’ajouter un amant au contrat ? Oh, rien qu’un tout petit addendum...
Le contrôleur - Mais, tout à fait, Madame Chapougnot. Rien ne l’interdit dans le contrat “ Classique ”! Moyennant un petit supplément...
Mme Chapougnot - ...parce que j’y sui habitué, à mon Momo...
(rideau)
POLICE !
Les personnages :
Chapougnot (la quarantaine, réceptionniste de l’hôtel)
Chef (la quarantaine, langage agressif, tenue imper, chapeau mou, allure inquiétante)
Policiers 1 et 2 (habillés identiques – style Dupont et Dupond – un peu éméchés)
Trois hommes arrivent en se montrant inquiétants. Décors : réception d’un hall d’hôtel. Pour faire simple, il peut n’y avoir qu’un bureau. Sur le bureau, une sonnette et un micro ordinateur d’où sortent pas mal de fils. On ne voit pas Chapougnot, qui en fait somnole derrière le bureau d’accueil de l’hôtel. Le Chef tape à plusieurs reprises sur la sonnette du bureau d’accueil. Tête de Chapougnot, ébouriffé, qui émerge du bureau. Le Chef parle toujours très fort.
Chapougnot ( endormi ) – Désirez ?
Chef - Vous êtes le réceptionniste ?
Chapougnot - Oui...
Chef - Bien... Par le pouvoirs qui m’ont été conférés... Levez-vous !
Chapougnot - Quoi ?
Chef - Je ne vais pas me répéter, crédieu ! J’ai dit : « Accusé, levez-vous ! » .
Chapougnot - Accusé ! Comment cela ? Et de quoi ?
Chef - Vous êtes accusé ( un temps ) de réception !
Chapougnot - Vous n’êtes pas bien.
Chef - Non. Nous sommes trois et taisez vous : veuillez prendre vos affaires et nous suivre tout affaire cessante.
Chapougnot - Faudrait savoir.
Chef - Quoi ?
Chapougnot - Je prends mes affaires ou je les cesse ?
Policier 1 - Ah, ah... Elle est bonne celle-là. ( regard courroucé du Chef au policier ) Euh... Pardon, Chef.
Chef - Vous êtes en état d’arrestation.
Policier 1 - Et nous en état d’ébriété.
Policier 2 – Patron : elle est bonne, celle-là !
Chef – (s’adressant aux policiers, très officiel) Pour la bonne, nous verrons plus tard.
ensembles
Policier 1 - Bien Chef.
Policier 2 - Bien Patron.
Chapougnot - Pour la quoi ? ( comprenant le jeu de mot) Ah, oui, la bonne, bien sûr ! Mais que me reproche-t-on ? Quel est votre Chef d’accusation ?
Policier 1 – Raoul Gambier !
Policier 2 - (montrant son Chef avec fierté) Oui : Raoul Gambier est notre Chef d’accusation première catégorie ! Il a pas son pareil pour les inculpations. Hein patron ?
Chapougnot - Vous pourriez m’expliquer un peu ?
Chef - Vous êtes bien Monsieur Chapougnot ...
Chapougnot - Oui.
Chef -... réceptionniste à l’hôtel des trois loufoques ?
Chapougnot - Oui.
Chef – ...et vous avez bien reçu un message de Monsieur Langlois ?
Chapougnot - Oui.
Chef - Avec accusé de réception.
Chapougnot - Oui.
Chef – ( trépignant de joie pour l’avoir coincé) Paf ! Il avoue. Il avoue !
Chapougnot - Quoi ? Je n’avoue rien du tout ! J’ai bien reçu un message de Monsieur Langlois, mais je ne vois pas le rapport....
(le Chef et les policiers sortent en même temps un papier officiel de leur poche qu’ils mettent sous les yeux de Chapougnot )
Chef - Paf ! Là.... Ah, je vous ai bien eu, mon gaillard ! Et en trois exemplaires, les rapports. Ah, ah... ( aux policiers) Allez, fouillez-moi tout cela. De fond en combles.
Policier 1 – J’fais les fonds, Chef.
Policier 2 – Moi les combles, patron.
( un temps pendant lequel les policiers fouillent )
Policier 1 – On trouve pas, Chef.
Policier 2 – Rien patron.
Chef – Saperlipopette ! ( à Chapougnot ) Qu’avez-vous fait de la réception ?
Chapougnot - La réception ? ( montrant son bureau ) Ben, elle est là.
Chef – Ne jouez pas aux abrutis avec moi : vous n’êtes pas sûr de gagner. Je vous demande où est passée la réception organisée par l’ambassadeur du Mazestan, Wladimir Prastickovic.
Chapougnot - Ah, oui : la réception de... Terminée !
Chef - Comment cela terminée ?
Chapougnot - A 17 heures, tout était achevé.
Chef - Plus de réception donc ! Alors en plus, il fait disparaître l’objet du délit ! Ah, ah. Votre compte est bon, mon bonhomme.
Chapougnot - Quel compte ?
Chef - Compte Internet. Bloquez moi tout cela.
( les deux policiers montent sur la table et commencent à arracher les fils de l’ordinateur )
Chapougnot - Holà ! touchez pas à ça.
Chef - Taisez-vous ! Nous sommes assermentés, ne l’oubliez pas !
Chapougnot - Assez remontés, ça je le constate.
Chef - Taisez-vous. Ici, c’est nous qui faisons les constats. N’inversez pas les rôles, tout de même.
Policier 1 – Ah, ah... Elle est bonne aussi celle-là !
Chef – Quoi ?
Policier 1 – Assermentés...
Chef - Oui ?
Policier 1 – Et assez remonté...
Chef - Et alors ?
(ensembles)
Policier 1 – Il a fait un jeu de mot, Chef !
Policier 2 – Il a fait un jeu de mot, patron !
Policier 1 – Faut lui demander son permis, Chef !
Chef - Hein ?
Policier 2 – Contrôler, patron !
Chef – Oui, bien sûr. ( à Chapougnot, criant ) Permis de jeux de mots. Et plus vite que ça.
Chapougnot - Oh, ça va ! Y’a pas le feu ( Il sort un papier du bureau –un des policiers le lui prend brutalement ).
Policier 1 – ( Il examine soigneusement le papier fourni et exulte brutalement ) Il est bon, Chef ! Il est bon !
Chef – Arrêtez donc de vous agiter comme un boisseau de puces. Qu’est-ce qu’il y a ?
Policier 1 – La date, Chef ! La date ! Il est bon, Chef ! Il est bon !
Chef – ( après avoir examiné le papier ) Mais c’est vrai. ( à Chapougnot ) Dîtes moi, il n’est pas qu’un peu périmé, votre permis. ( agitant le certificat sous le nez de Chapougnot )
Chapougnot - Si vous croyez me faire peur...
Chef – Va falloir renouveler tout ça ( prenant une chaise et s’asseyant à califourchon, face à Chapougnot – les deux autres policiers se sont mis de part et d’autre de Chapougnot ) Allez, on va gentiment repasser son permis de jeu de mot. Allez, je commence... J’en ai marre.
Chapougnot - ( répond toujours du tac au tac)... Marabout.
Chef – ( toujours plus lent à répondre ) Bout d’ficelle.
Chapougnot - Selle de cheval.
Chef – Cheval de euh... (un des policiers lui souffle) Course ! Cheval de course !
Chapougnot - Course à pied.
Chef – Pied à terre.
Chapougnot – Terre ( clin d’œil ironique ) de Sienne !
Chef – ( embrayant sans s’en rendre compte ) Feu follet.
Policier 2 – Euh... Ca va pas, patron...
Chef – Comment ça ? Pied à terre, terre de feu et feu follet . J’connais quand même bien mon « Marabout ».
Policier 1 – Euh... Il a dit Terre de Sienne : Pied à terre, terre de Sienne Chef !
Chef – Terre de Sienne ? Pas Terre de feu ?
Policier 2 – Non, patron...
Chef – Et... C’est permis ?
Policier 2 – Ben... Oui, Patron...
Chapougnot - ( au Chef, péremptoire ) Allez, faut poursuivre. Je n’ai pas que ça à faire, j’ai ma réception à tenir.
Chef – Euh oui... Sienne... Sienne de... ( se rendant compte soudain qu’il obéit à Chapougnot ) Mais de quoi je me mêle ?...
Policier 1 – Euh... Il a raison Chef : faut poursuivre .
Chef – Oui, oui .. Bon. Oh, c’est fastoche ! Sienne... Sienne... Sienne comme mienne !
Policier 2 – Euh... Patron... C’est pas correct.
Policier 1 – C’est vrai... C’est pas bon, avec tout le respect que je vous dois, Chef !
Chef – Ah bon... ( s’énervant auprès des deux policiers ) Mais aidez-moi, bande d’andouilles !
Policier 1 – Ben... C’est pas nous qu’on réfléchit, Chef !
Policier 2 – On obéit simplement aux ordres, patron.
Chef – Oui bon. Oui, bon, bon...( aux policiers, s’énervant à nouveau ) Eh bien, je vous donne l’ordre de poursuivre.
Chapougnot -... judiciairement !
ensembles)
Chef - Quoi ?
Policier1 - Quoi ?
Policier 2 - Quoi ?
Chapougnot -... Oui : poursuite judiciaire... Ca doit bien vous dire quelque chose !
Chef – C’est ça, c’est ça ! Faîtes le mariole... Et puis tenez, puisque vous êtes si malin : trouvez donc la suite !
Chapougnot -... Facile ! Sienne... de vie !
Chef – Hein ?
Chapougnot -... Ou encore : Sienne... mon mari.
Chef ( aux policiers ) – Mais qu’est-ce qu’il radote ?
Policier 2 – Chienne de vie, patron !
Policier 1 – Ciel mon mari, Chef !
Chef – C’est pas réglo, ça !
Chapougnot -... Ah, si ! On a le droit aux « lapeuprès »
Chef – Lapeuprès ? C’est quoi encore, cette invention ?
Chapougnot - Les « lapeuprès » ont été introduits par la réforme du jeu de mot initié par Bobby Lapointe... Ca date de plus de vingt ans déjà !
Chef – Vous êtes sûr ? ( il fouille dans sa poche pour en sortir un livre, qu’il consulte ) C’est quoi un « lapeuprès » ? (le Chef consulte le livre et les deux policiers se penchent aussi dessus)
Chapougnot - Un « lapeuprès » est un jeu de mot approximatif, qui donne un redoublement de l’effet comique. Lapeuprès est une contraction du mot « A peu près ». Bobby fut un grand réformiste.
Policier 1 – ( pointant une page du livre ) Là, Chef !
Chef – ( lisant ) « Exemple de Lapeuprès : un coiffeur doit parler, sinon il ne sait pas coiffair d’autre... Placé dans un jeu de mot, le lapeuprès est incontestablement un plus pour le candidat au permis » Bon sang, il a raison le bougre... Ah, là, là... (il sort un tampon encreur de sa poche et valide le permis de Chapougnot et le lui rend ) C’est bon, vous pouvez circuler.
Chapougnot - Excusez-moi, je suis réceptionniste : je ne dois pas bouger d’ici de la nuit.
Chef – Hein ?... Bon. C’est bon. ( aux policiers ) Allez, on se tire. On a encore un contrôle à faire à Sainte Croix...
Policier 1 – A Sainte Croix, Chef ?
Policier 2 – Quel contrôle, patron ?
Chef – A la maternité, Hôpital Sainte Croix : Un contrôle des naissances.
( Le Chef et les deux policiers sortent – Chapougnot se rassoit et disparaît derrière le bureau pour piquer un somme )
( rideau )
UN TROUVE ...
Simplette
Pluto
Maurice Pluto
Scène 1 (Simplette - Pluto)
La scène se passe dans un bureau où se trouve une table avec des objets divers et variés. Au bureau une fonctionnaire qui remplit des papiers. Entre un homme.
Pluto - Bonjour Madame... Service des objets perdus ?...
Simplette - Non, vous êtes ici aux objets trouvés...
Pluto - C’est la même chose...
Simplette - Pas du tout jeune homme... Ici, nous ne recevons que des objets trouvés. Ce qui ne veut pas dire nécessairement qu’ils ont été perdus. Nuance! D’ailleurs, rien ne nous prouve qu’ils aient été perdus avant d’être trouvés!
Pluto - Oui, hé bien moi, je viens vous dire que j’ai perdu mes papiers d’identité, et que je me rends ici pour savoir...
Simplette - Holà, je vous arrête ! Vous êtes sourd ou quoi ? Les papiers qu’on a ici ne sont que des papiers trouvés. Alors, (lui indiquant la porte) au revoir!
Pluto se retire bien penaud
Scène 2 (Simplette - Maurice Pluto)
Entre un homme
Maurice Pluto - Bonjour Madame... Service des objets trouvés ?...
Simplette - Tout à fait. Que désirez vous ?
Maurice Pluto - Je désire retrouver mes papiers.
Simplette - Vous les avez perdus ?
Maurice Pluto - Non, pourquoi? C’est nécessaire ?
Simplette - Absolument pas. Une question, comme ça, en passant... Je suis très curieuse!
Maurice Pluto - (avisant les portefeuilles sur la table) Oh, là ! C’est exactement celui qu’il me faut, avec ma couleur préférée qui plus est ! (il se saisit d’un portefeuille rouge).
Simplette - Bravo, félicitations ! Votre choix est arrêté? Bon, je vais vous faire remplir un formulaire.
(elle met une feuille dans la machine à écrire)
Maurice Pluto - Monsieur Pluto, né le 26 Juin 1960 à Bécons les bruyères, habitant au 36 rue des petits champs à Paris 1er...
Simplette - (surprise, mais qui tape les renseignements) Holà, holà, pas si vite. Je ne vous ai encore rien demandé...
Maurice Pluto - Je le sais, mais je connais la démarche. Ce n’est pas la première fois que je viens retrouver mes papiers !
Simplette - Ah, bien. Pouvez vous me décrire l’objet que vous avez retrouvé ?
Maurice Pluto - Oui, bien sur! Il s’agit d’un portefeuille en cuir... ( un temps où il détaille le portefeuille ) rouge... contenant (il l’ouvre et sort son contenu ), contenant une carte bleue, une carte téléphone, et des papiers d’identité au nom de... Maurice Pluto. Ah, il y a aussi 400 francs en liquide.
Simplette - (qui a continué à frapper) 400 francs... Il ne vous manque rien ? C’est important de vérifier... Ce n’est pas une fois parti qu’il faudra venir pleurer....
Maurice Pluto - Merci de me prévenir. Attendez que je regarde. Oh !...
Simplette - Oui ?
Maurice Pluto - Il me manque cent francs ! Oh les voleurs !
Simplette - Quand je vous disais...
Maurice Pluto - Mais je vais porter plainte, ça ne va pas traîner...
Simplette - C’est le bureau d’à coté.
Maurice Pluto - Au revoir, Madame. Et merci encore.(il sort)
Scène 3 (Simplette - Pluto)
Retour de Pluto
Simplette - (le dévisageant) Je vous ai déjà vu vous...
Pluto - Je... suis déjà passé, mais je m’étais trompé de bureau... Vous êtes bien le bureau des objets per... trouvés.
Simplette - Tout à fait, que puis-je pour votre service ?
Pluto - Je viens voir si on n’aurait pas trouvé un portefeuille en cuir rouge.
Simplette - Ah si, il n’y a pas cinq minutes...
Pluto - Ah bon ! Et où est-il ? (il regarde sur la table)
Simplette - Vous ne le trouverez pas ici, il est dans le bureau des plaintes...
Pluto - Dans le bureau des plaintes ? Mais que fait-il là bas ?
Simplette - Mais je ne sais pas, Monsieur, je ne sais pas ! Allez le lui demander...
Pluto - Mais...
Simplette - Allez, allez... (elle lui montre la porte. Il ressort encore bien penaud)
Scène 4 (Simplette - Maurice Pluto)
Un temps se passe puis retour de Maurice Pluto, le costard défait, le visage tuméfié
Maurice Pluto - J’étais en train de porter plainte, quand, tenez vous bien, un type m’a sauté dessus et m’a volé mon portefeuille après m’avoir molesté !
Simplette - Ah bon ?
Maurice Pluto - J’ai du refaire ma plainte ! pour perte de portefeuille, suite à un vol...
Simplette - Bien sur !
Maurice Pluto - Et je viens voir si on ne vous l’avait pas amené. Les voleurs, ça ne s’intéresse pas aux papiers, c’est l’argent qui les motive... Alors peut-être ?
Simplette - Quand je le disais...
Maurice Pluto - Quoi ?
Simplette -... Que l’on pouvait trouver un objet avant de l’avoir perdu !
(Rideau)
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