L'oiseau blanc ou sous le signe de la sciatique

Il avait pensé : « On va faire péter l'Univers ! » Et il le lui avait dit.

04 juillet 2007

ANNEXES - Présentation des textes


L’examen

Sketch joué le 11 Décembre 2008 par la troupe amateur « Les Saltimbanques », dans le cadre du festival de théâtre au Centre Elisabeth Thomapey

Texte : Arnaud Delecour
Mis en scène : Roger Lederer

Acteurs :
L’ange : Jean Sapeau
Gilbert : Albert Pontudel

Le décor représente un bureau. Des affiches "bon-dieuseries " sont collées au mur. Un homme est assis,entouré de dossiers et pianotant sur un micro portable. Il est en chemise, tout en blanc, la chemise largement ouverte, un clope aux lèvres. Au devant du bureau un énorme sablier et un téléphone portable. On frappe à la porte. L'homme, surpris se redresse, jette sa cigarette, ferme sa chemise et se met une auréole. On frappe à nouveau.

A Vot’bon cœur

Sketch joué le 13 Décembre 2008 par la troupe amateur « Les Saltimbanques », dans le cadre du festival de théâtre au Centre Elisabeth Thomapey

Texte : Arnaud Delecour
Mis en scène : Roger Lederer

Acteurs :
Sophie-Charlotte : Coralie Delecour
Gilbert : Albert Pontudel
( des passants )

Le décor représente une rue. Un couple de clochards, lui “ stylé ”. Elle, arpente la rue en long en large et en travers. Lui est assis et lit. A coté, posée au sol, un sac quelconque et une grosse serviette en cuir. Elle, est debout, une tasse à la main.

a

La Certification

Sketch joué le 29 Décembre 2008 par la troupe amateur « Les Déjantés », dans le cadre du festival estival de théâtre au Centre Elisabeth Thomapey

Texte : Philippe Lamor
Mis en scène : Roger Lederer

Acteurs :
Mme Chapougnot : Micheline Pinchot
Mr Chapougnot : Albert Pontudel
Le contrôleur : Albin Danderre

La scène se passe dans le salon d’un appartement bourgeois (mais sans ostentation) de style  rustique (table, buffet, fauteuil, canapé). On voit à droite le couloir d’entrée qui mène au salon. Dans le couloir, un portemanteau au pied duquel se trouvent sept paires de mules et six paires de chaussures, toutes différentes. Mme Chapougnot est dans le salon, occupée à dresser la table.
Bruit de clés. Mme Chapougnot regarde sa montre (étonnée). Mr Chapougnot entre et referme la porte d’entrée. Il ôte son pardessus et ses chaussures qu’il laisse traîner et met une paire de mules. Il se dirige vers le salon, embrasse sa femme (un peu machinalement).



Police !

Sketch joué le 15 Décembre 2008 dans le cadre du festival de théâtre au Centre Elisabeth Thomapey

Texte : Philippe Lamor
Mis en scène : Roger Lederer

Acteurs :
Mr Chapougnot
: Coralie Delecour
Chef : Albert Pontudel
Policier 1 : Arnaud Delecour
Policier 2 : Juliette Despré

Les personnages :
Mr Chapougnot (la quarantaine, réceptionniste de l’hôtel)
Chef (la quarantaine, langage agressif, tenue imper, chapeau mou, allure inquiétante)
Policiers 1 et 2 (habillés identiques – style Dupont et Dupond – un peu éméchés)

Trois hommes arrivent en se montrant inquiétants. Décors : réception d’un hall d’hôtel. Pour faire simple, il peut n’y avoir qu’un bureau. Sur le bureau, une sonnette et un micro ordinateur d’où sortent pas mal de fils. On ne voit pas Chapougnot, qui en fait somnole derrière le bureau d’accueil de l’hôtel. Le Chef tape à plusieurs reprises sur la sonnette du bureau d’accueil. Tête de Chapougnot, ébouriffé, qui émerge du bureau. Le chef parle toujours très fort.

Un trouvé n'est jamais perdu

Sketch « virtuel » donné en lecture 30 Décembre 2008 dans le cadre du festival de théâtre au Centre Elisabeth Thomapey

Comédie virtuelle en un acte

Les personnages :
Simplette
Pluto
Maurice Pluto

Un trouvé n’est jamais perdu…

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30 juin 2008

Un trouvé n’est jamais perdu…

ANNEXES

Simplette
Pluto
Maurice Pluto

Scène 1 (Simplette - Pluto)

La scène se passe dans un bureau où se trouve une table avec des  objets divers et variés. Au bureau une fonctionnaire qui remplit des papiers. Entre un homme.

Pluto - Bonjour Madame... Service des objets perdus ?...
Simplette - Non, vous êtes ici aux objets trouvés...
Pluto - C’est la même chose...
Simplette  -   Pas du tout jeune homme... Ici, nous ne recevons que des objets trouvés. Ce qui ne veut pas dire nécessairement qu’ils ont été perdus. Nuance! D’ailleurs, rien ne nous prouve qu’ils aient été perdus avant d’être trouvés!
Pluto - Oui, hé bien moi, je viens vous dire que j’ai perdu mes papiers d’identité, et que je me rends ici pour savoir...
Simplette - Holà, je vous arrête ! Vous êtes sourd ou quoi ? Les papiers qu’on a ici ne sont que des papiers trouvés. Alors, (lui indiquant la porte) au revoir!

Pluto se retire bien  penaud

Scène 2 (Simplette -  Maurice Pluto)

Entre un homme

Maurice Pluto - Bonjour Madame... Service des objets trouvés ?...
Simplette - Tout à fait. Que désirez vous ?
Maurice Pluto  - Je désire retrouver mes papiers.
Simplette  -  Vous les avez perdus ?
Maurice Pluto  - Non, pourquoi? C’est nécessaire ?
Simplette  -  Absolument pas. Une question, comme ça, en passant... Je suis très curieuse!
Maurice Pluto  - (avisant les portefeuilles sur la table)  Oh, là ! C’est exactement celui qu’il me faut, avec ma couleur préférée qui plus est ! (il se saisit d’un portefeuille rouge).
Simplette  -  Bravo, félicitations ! Votre choix est arrêté? Bon, je vais vous faire remplir un formulaire.
(elle met une feuille dans la machine à écrire)
Maurice Pluto  - Monsieur Pluto, né le 26 Juin 1960 à Bécons les bruyères, habitant au 36 rue des petits champs à Paris 1er...
Simplette  -  (surprise, mais qui tape les renseignements) Holà, holà, pas si vite. Je ne vous ai encore rien demandé...
Maurice Pluto  -  Je le sais, mais je connais la démarche. Ce n’est pas la première fois que je viens retrouver mes papiers !
Simplette  -  Ah, bien. Pouvez vous me décrire l’objet que vous avez retrouvé ?
Maurice Pluto  - Oui, bien sur! Il s’agit d’un portefeuille en cuir... ( un temps où il détaille le portefeuille ) rouge... contenant (il l’ouvre et sort son contenu ),  contenant une carte bleue, une carte téléphone, et des papiers d’identité au nom de... Maurice Pluto. Ah, il y a aussi 400 francs en liquide.
Simplette  -  (qui a continué à frapper) 400 francs... Il ne vous manque rien ? C’est important de vérifier... Ce n’est pas une fois parti qu’il faudra venir pleurer....
Maurice Pluto  -  Merci de me prévenir. Attendez que je regarde. Oh !...
Simplette  -  Oui ?
Maurice Pluto  -  Il me manque cent francs ! Oh les voleurs ! 
Simplette  -  Quand je vous disais...
Maurice Pluto  -  Mais je vais porter plainte, ça ne va pas traîner...   
Simplette  -  C’est le bureau d’à coté.
Maurice Pluto  -  Au revoir, Madame. Et merci encore.(il sort)

Scène 3 (Simplette -  Pluto)

Retour de Pluto

Simplette  -  (le dévisageant) Je vous ai déjà vu vous...
Pluto  -  Je... suis déjà passé, mais je m’étais trompé de bureau... Vous êtes bien le bureau des objets per... trouvés.
Simplette  -  Tout à fait, que puis-je pour votre service ?
Pluto  -  Je viens voir si on n’aurait pas trouvé un portefeuille en cuir rouge. 
Simplette  -  Ah si, il n’y a pas cinq minutes...
Pluto  -  Ah bon ! Et où est-il ? (il regarde sur la table)
Simplette  -  Vous ne le trouverez pas ici, il est dans le bureau des plaintes...
Pluto  -  Dans le bureau des plaintes ? Mais que fait-il là bas ?
Simplette  -  Mais je ne sais pas, Monsieur, je ne sais pas ! Allez le lui demander...
Pluto  -  Mais...
Simplette  -  Allez, allez... (elle lui montre la porte. Il ressort encore bien penaud)

Scène 4 (Simplette -  Maurice Pluto)

Un temps se passe puis retour de Maurice Pluto, le costard défait, le visage tuméfié

Maurice Pluto   - J’étais en train de porter plainte, quand, tenez vous bien, un type m’a sauté dessus et m’a volé mon portefeuille après m’avoir molesté !
Simplette  -  Ah bon ?
Maurice Pluto  -  J’ai du refaire ma plainte ! pour perte de portefeuille, suite à un vol...
Simplette  -  Bien sur !
Maurice Pluto  -  Et je viens voir si on ne vous l’avait pas amené. Les voleurs, ça ne s’intéresse pas aux papiers, c’est l’argent qui les motive... Alors peut-être ?
Simplette  -  Quand je le disais...
Maurice Pluto  -  Quoi ?
Simplette  -... Que l’on pouvait trouver un objet avant de l’avoir perdu !

(Rideau)

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L'examen

ANNEXES

Les personnages :
L'ange
Gilbert

Le décor représente un bureau. Des affiches "bon-dieuseries " sont collées au mur. Un homme est assis,entouré de dossiers et pianotant sur un micro portable. Il est en chemise, tout en blanc, la chemise largement ouverte, un clope aux lèvres. Au devant du bureau un énorme sablier et un téléphone portable. On frappe à la porte. L'homme, surpris se redresse, jette sa cigarette, ferme sa chemise et se met une auréole. On frappe à nouveau.

L'ange - Oui, oui... Un moment...
Il sort un petit miroir de poche et se remaquille en se mettant un peu de rose aux joues, et se repeigne. Puis il prend une attitude "béate" en joignant ses mains.

L'ange - Vous pouvez entrer...
Gilbert ( il ouvre et entre en restant sur le pas de la porte ) - Je suis pas trop à la bourre ?
L'ange - ( regardant le sablier ) Oh, seulement de quelques grains. Je vous en prie, asseyez vous. Juste un instant et nous sommes à vous. ( Gilbert s'assoit, l'ange continue à lire des dossiers qu'il annote. Puis il les referme et s'adresse à Gilbert ) Bon, à nous maintenant. ( Il ouvre un tiroir pour en extraire un épais dossier)  Monsieur Chapougnot... Ah ! Votre coma se passe-t-il comme vous voulez ?
Gilbert - Du tonnerre, je vous remercie... 
L'ange - ( regardant son agenda ) Oh, mais nous constatons un léger contretemps...
Gilbert - ( inquiet, se penchant sur le dossier ) Rien de grave, j'espère ?
L'ange - Non, non. Seulement un problème administratif que nous allons vite régler. Vous devez bien passer votre examen en Avril, non ?
Gilbert - Oui, c'est cela : Le 19 exactement.
L'ange - Bien... ( un temps ) Cela vous dérangerait-il de l'avancer... disons  d'une semaine ?
Gilbert - Heu... Je ne sais pas...  Mon enterrement était prévu le 17. C'était une date qui convenait à toute la famille, alors...
L'ange - Ne vous inquiétez pas, Monsieur Chapougnot ! Nous nous occupons de tout.
Gilbert - Oui, bien sûr, mais quand même... 
L'ange - Allons, vous nous connaissez, nous sommes une entreprise sérieuse!
Gilbert - Oui, oui... Mais une semaine de moins, comme cela... Faudrait que je puisse m'habituer à l'idée...
L'ange - Ecoutez : nous sommes prêt à faire un geste si vous acceptez.
Gilbert - ( intéressé ) Oui ? 
L'ange - Eh bien nous pourrions faire gagner votre femme au Loto. ( il ouvre son agenda ) disons au tirage du 6 Juin. ( il se reprend ) Ah non, tout est déjà pris. Plutôt le 13. Cela vous irait ?
Gilbert - ( surpris ) Vous pouvez trafiquer les résultats du Loto ?
L'ange - Oh, mais pour la bonne cause ! Uniquement pour la bonne cause ! C'est un des moyens les plus efficaces que nous avons trouvé pour réparer certaines injustices.
Gilbert - C'est fort de café votre truc !... Je croyais pourtant que " Dieu ne jouait pas au hasard... ".
L'ange - Mais, nous ne jouons pas ! Nous précédons quelque peu les résultats, voilà tout. Vous me semblez un peu "angélique".
Gilbert - Et la " Française des Jeux " est au parfum ?
L'ange - Si la " Française " est au...( il rigole ) Ah, ah, ah ! ( il se penche vers Gilbert ) C'est une société écran. Que nous avons créée de toute pièce !.
Gilbert - Oh !
L'ange - Allons, allons ! Ne soyez pas naïf ! ( air éberlué de Gilbert ) Mais enfin, il faut vivre avec son temps ! Business et compagnie ! Nous n'allions tout de même pas continuer à fonctionner à coup de miracles ! Les poissons transformés en petits pains, l'eau en vin et tout le toutim ! Cela fait un peu archaïque tout de même à l'heure des portables, i-mail et le reste !
Gilbert - Ouais, vous avez sûrement raison. Mais je suis un peu... "surlecuté". L'idée de la religion...
L'ange - Dîtes donc, vos hommes politiques pratiquent bien de même, non ? ( un temps ) Alors, pour le " Loto ", vous êtes d'accord ?
Gilbert - ( à moitié convaincu ) Ouais... Et ça fait combien de tunes ?
L'ange - ( il sort une calculette ) Attendez ( il fait des tas de calculs  complexes qui impressionnent fort Gilbert. Après avoir déroulé une bonne longueur de ruban, l'ange lit le dernier résultat )  Cinq cent soixante six mille trois cent quarante cinq Francs !
Gilbert - Ah ?
L'ange - Oui, quatre vingt six mille trois cent trente neuf euros, si vous préférez.
Gilbert - Pas mal ! ( réfléchissant ) Faut que je voie... ( un temps ) Mais si j'accepte, faut être réglo : vous me le mettez noir sur blanc.
L'ange - Oh, Monsieur Chapougnot. Encore une fois, notre maison a une réputation d'honnêteté qui date déjà de plus de deux millénaires !
Gilbert - Je dis pas ! Mais je ne serai plus là pour vous rappeler votre proposition. Même les saints peuvent être soupçonneux. Tiens, vot' Saint Thomas par exemple !
L'ange - Soit... ( se penchant à l'oreille de Gilbert et à voix basse sur un ton conspirateur ) Votre défiance risque de mal passer. Si cela venait à se savoir  en haut lieu. Mais ne craignez rien, nous ne dirons rien... ( L'ange prend une feuille et écrit. puis il lui montre la feuille ) Nous la ferons signer dès ce soir au patron. Alors, comme cela vous êtes satisfait ?
Gilbert ( il relit ce que l'ange vient d'écrire ) - Ouais... Mais pourquoi tenez vous à décaler ma date d'examen ?
L'ange - Manque de personnel, les trente cinq heures, une grève de la section des angelots... Et puis un gros arrivage prévu. Un avion doit s'écraser le Vendredi 13 Avril. Juste avant Pâques, période chargée, s'il en est ! Nous avons bien pensé provoquer une grève des pompistes pour diminuer les accidents à cette période, mais si nous pouvons éviter d'intervenir, en décalant un certain nombre d'examens, cela serait mieux pour tout le monde.
Gilbert - Ah, j'entrave mieux...
L'ange - Bon .. Venons en à ce qui vous amène : la préparation à votre examen d'entrée. Vous avez passé la première partie ?
Gilbert - L'examen de conscience ?
L'ange - Oui, c'est cela.
Gilbert - Je l'ai passé hier.
L'ange - Avec qui ?
Gilbert - Sainte Gudule. Un vrai coup de bol. On est originaire du même bled. Forcément, ça créé des liens. Je l'ai eu "fingers in the nose".
L'ange - Excusez nous, nous ne comprenons pas. Ici, c'est uniquement la section francophone.
Gilbert - Ouais, les doigts dans le nez, si vous préférez. J'ai toujours eu le cul bordé de nouilles.
L'ange - ( voulant éluder la familiarité ) Bien sûr, bien sûr. Et comme matière optionnelle, vous avez choisi ?
Gilbert - L'histoire de la religion chrétienne, les deux testaments.
L'ange - Comment les sentez vous ?
Gilbert - La première partie, Jehovah, Moïse, Abraham et toute la smala, ça va... Peu avant mon accident, ils avaient repassé les Dix Commandements à la télé, ça aide...
L'ange - Et le second testament ?
Gilbert - La première partie, ça va...
L'ange - Et le second testament ?
Gilbert - Je n'ai pas encore eu le temps de tout revoir : j'en suis au dîner de bienfaisance donné par le groupe...
L'ange - ( l'interrompant ) le dîner ?...
Gilbert - Ouais, le récital style restos du cœur. Là, quand il y a ce type, Judas, qu'a un rencard et qui part avant la fin du  spectacle...
L'ange - ( l'interrompant à nouveau) Oh là, oh là ! Il y a des choses à mettre au point, dites donc ! Bon nous verrons cela un autre jour, aujourd'hui, nous allons plutôt réviser la pratique.

L'ange se lève et apporte une chaise puis il se dirige vers l'armoire et en sort des ailes. Il les met à Gilbert.


Gilbert
- Ca me serre. Elles ne sont pas un peu petites ?...
L'ange - Je sais bien, mais le second moniteur a du emprunter les vôtres.

L'ange aide Gilbert à enfiler ces ailes, et lui fixe les rétroviseurs et les clignotants.

Gilbert
- Vous .. vous ne m'accompagnez pas ?
L'ange - Non, c'est le grand jour ! Pas de conduite accompagnée aujourd'hui. ( Gilbert se montre inquiet ) Allons, ne vous inquiétez pas, nous sommes là.

Après avoir débridé ses ailes et mis son clignotant, Gilbert commence à battre des ailes.

L'ange
- Holà, holà !

Gilbert s'arrête de battre des ailes.

Gilbert
- Ca va pas ?
L'ange - Vous n'avez rien oublié ?
Gilbert - Euh...  je ne crois pas... Clignotants... Frein desserré... ( un temps ) Ah, j'ai dépassé le cinquante battements à la minute ?
L'ange - L'auréole, Bon Dieu... ( il s'aperçoit du blasphème et se met à genoux en faisant plusieurs signes de croix ) Oh, Notre Tout puissant Seigneur, Votre Divinité bienfaisante, Votre Grandeur éternelle, Bobby, pardonnez notre blasphème !
Gilbert -...  Bobby ?
L’ange - ( se relevant ) Eh bien oui quoi ? Bobby ! ( mine incrédule de Gilbert ) C'est le petit nom de Notre Seigneur ! ( en confidence ) Robert Gandier pour l'état civil... Mais chut ! Aucun mortel ne doit prononcer son nom. ( un temps ) Alors, votre auréole ?
Gilbert -...  Ben...
L’ange - Vous avez oublié que son port est obligatoire ?
Gilbert - Non, mais le stress...
L’ange - Et bien, oubliez donc votre auréole en ayant Gab' comme examinateur, et vous verrez  ! 
Gilbert -  Qui ça ?
L'ange - Gab ! ( un temps - mine incrédule de Gilbert ) Gaby ! ( un temps - même jeu de Gilbert ) L'ARCHANGE GABRIEL ! Un militaire à la retraite, ancien pourfendeur de dragons ! Avec lui, pas de passe droit ! Nous vous souhaitons beaucoup de plaisir si vous tombez sur lui...
Gilbert – Vous... vous me foutez les chocottes. Je suis cardiaque vous savez. ( mettant la main sur son cœur ) Mon cœur ! Je ne le sens plus.

Gilbert va pour s’affaler.


L'ange
– ( riant ) Allons, Monsieur Chapougnot... Vous ne risquez rien, nous veillons sur tout. De toute façon, vous êtes virtuel. N’oubliez pas que votre esprit véritable est plongé dans le coma.
Gilbert – ( peu rassuré ) Vous êtes sûr ?
L'ange – Mais oui, ne vous en faîtes pas. ( il fouille dans ses dossiers et en sort une feuille ) Une dernière formalité : si vous pouviez nous signer ce formulaire, sur la date de votre examen.

L’ange tend un stylo à Gilbert qui signe la feuille. L’ange reprend la feuille. Un doute soudain le travaille.


L'ange
– Dîtes moi, Monsieur Chapougnot, vous avez changé de signature ?
Gilbert – Non, pourquoi cette question ?
L'ange – Dans votre dossier, on a ça comme parafe de référence.
Gilbert – Faîtes voir ? ( l’ange lui montre ) Ah, je reconnais ! C’est l’écriture de Joséphine.
L'ange – Joséphine ?
Gilbert – La belle-doche... D’ailleurs, si je me retrouve ici, c’est bien à cause d’elle.
L'ange – Un horrible pressentiment... Vous pouvez nous expliquer ?
Gilbert – On a eu des mots... Elle s’est mise en colère. Oh, ce n’était pas le première fois. Mais là, elle était ronde comme une queue de pelle. J’ai pas eu le temps de réagir, le temps que je prenne le couteau, paf ! La soupière en pleine tronche. Et me voilà...
L'ange – Mais ça ne va pas du tout. Vous permettez ? ( l’ange prend son portable et compose un numéro ) Le bureau des scénarios ? Oui ? (... ) Nous avons un problème avec le dossier Joséphine... Attendez ( à Gilbert ) Quelle est le nom de votre belle-mère ?
Gilbert – Rombier. Joséphine Rombier.
L'ange – ( à son interlocuteur ) Le dossier Rombier. (... ) Ah, vous l’avez ! Pouvez vous nous faire un résumé du scénario ? (... ) Entrevue orageuse... (... )... Oui...  (...) Empoignade, soupière jetée... Oui... (... ) Esquive, coup de couteau, oui... (...)  Décès de notre cliente... Joséphine Rombier !
Gilbert – Ouais, j’avais bien senti que cette bagarre, c’était pas catholique.
L'ange – ( à Gilbert, outré ) Monsieur Chapougnot !
Gilbert – Sauf votre respect...
L'ange – ( à son interlocuteur ) Qui suivait le dossier Rombier ? (... ) Mathurin Duchemou ?
Gilbert – Duchemou ? Mais je le connais ! Une sacrée crapule !
L'ange – Vous pouvez nous expliquer?
Gilbert – Oh, c’est de la vieille histoire... Il y a vingt cinq ans, il m’avait vendu un pavillon. Une arnaque ! Mais je me suis vengé. J’ai... un peu bricolé sa tire. Le virage à la sortie de Saint Mitouflet, c'est traitre...
L'ange – Quoi ? Mais vous ne nous avez jamais raconté cette histoire...
Gilbert – Plus de vingt-cinq ans ! Il y a prescription...
L'ange – Prescription ! Parlez pour vous. La justice divine ne connaît pas la prescription. ( s’épongeant le front, nerveux ) Et vous avez voulu vous débarrasser de Madame Rombier. C'est extrèmement préoccupant tout cela. Vous ne pouvez prétendre au paradis.
Gilbert – Allons. Un beau geste. ( l'ange refuse. Un temps) Et puis c'est surtout la faute à l'autre : ce Duchemou...
L'ange – ( s’épongeant le front, nerveux ) Ce Duchemou, nous aurions du nous méfier. Si Boby venait à le savoir. ( à Gilbert ) Il va falloir vous renvoyer sur terre et récupérer Joséphine... ( soucieux ) Et comment rendre tout cela plausible. ( il s’essuie à nouveau le front ) Avec Lazarre, on avait réussi à rattraper le coup, mais aujourd'hui les miracles...
Gilbert – Hé, pas question de retourner sur terre ! Tout est prévu pour mon enterrement, je me suis préparé à fond pour l’examen, alors ! Et puis ce Duchemou, je vais m’en aller lui dire deux mots. C'est lui qu'aura bricolé votre scénar pour en changer la fin !
L'ange – Monsieur Chapougnot, voyons... Toute violence est interdite, ici. Le séraphin Duchemou a certes commis une erreur, nous ne voulons pas savoir si c’était intentionnel ou non. Mais vous devez retourner sur terre. Tout l’avenir en dépend.
Gilbert – ( en colère ) Essayer de faire cela, vous allez voir votre douleur : j'irai partout raconter partout quelle bande de pourris vous êtes.
L'ange – Ttttt, inutile Monsieur Chapougnot ! On vous prendra pour un illuminé, la terre en regorge.
Gilbert – J’alerterai des journalistes. Pour qu’ils aillent enquêter sur la "Française des Jeux" par exemple.
L'ange – ( brusquement ) Non, ne touchez pas à la "Française" ! Cest le chef d'œuvre de notre Tout-puissant.
Gilbert – Je vais me gêner. ( conciliant ) Allez, pourquoi diable... ( mine outragée de l’ange ) tenez vous tellement à récupérer Joséphine. Moi ou elle, c'est kif-kif...
L'ange – On voit que vous ne travaillez pas avec Boby. Sous son aspect divin, son esprit est assez... disons complexe. Tenez, venez voir. ( l’ange se met à pianoter sur son micro ) Nous simulons l'avenir des deux situations. ( Gilbert et l'ange se penchent sur l'écran du micro ) Vous voyez, au début, peu de changement, mais au bout de deux ans... D'un coté élection aux Etats-Unis du conservateur réactionnaire Harry Woodsworth, de l'autre du démocrate Francis smiley...
Gilbert – Effectivement... ( il regarde plus attentivement ) Oui, mais regardez : dans l'hypothèse où je décède, là...
L'ange – ( regardant aussi attentivement ) Ah ? Oui, bien sûr... Nous n'avions pas projeté aussi loin...
Gilbert – Et cela va tout à fait dans le sens de votre politique !
L'ange – Vous avez raison.( il réfléchit un instant ) Nous allons voir si cela peut s'arranger.

L'ange fait un numéro sur son téléphone mobile et attend.


Gilbert – ( montrant les ailes ) Pendant que vous bigophonez, je peux m'entraîner ?
L'ange – Hein ? Oui, bien sûr...

Gilbert se met les ailes.


L'ange – N'oubliez pas votre auréole !
Gilbert – Vous faîtes pas de bile !

Gilbert met son auréole et commence à battre de l'aile. Il tourne sur la scène un moment pour finalement sortir. L'ange attend impatiemment sa communication.

L'ange – ( s'impatientant ) Ah nom de Dieu, ces téléphones. ( il se rend compte du blasphème ) Putain de bordel de merde, à fréquenter le commun des mortels, nous en venons à employer de ces expressions.  ( il se met à genoux en faisant plusieurs signes de croix ) Oh, Notre Tout puissant Seigneur, Votre Divinité bienfaisante, Votre Grandeur éternelle, pardonnez nous nos offenses ! ( il se relève et reprends son portable ) Mais c'est vrai, quand même : à quand des relais assez puissants... ( un temps, il obtient enfin son interlocuteur ) Ah, ce n'est pas trop tôt. Bonjour, nous aurions voulu parler à Bobby... ( sèchement ) C'est personnel, Mademoiselle. (... ) Oui, j'attends. ( un temps ) Allô ? Bobby ? Nous vous appelons au sujet du dossier Chapougnot. Nous pouvons vous en rappeler le contenu... ( il est interrompu ) Oh, pardon, nous avions oublié que vous êtes omniscient. Voilà : une erreur s'est glissée dans le dossier. Joséphine Rombier devait décéder et suite à une malencontreuse erreur, nous avons convoqué Gilbert Chapougnot pour l'examen. (... ) Attendez, ne vous mettez pas en colère : plutôt que le renvoyer, nous pensons que nous pouvons garder Chapougnot. (... ) Oui, nous le savons bien, mais en projection, avec l'élection de Francis Smiley, il y aura abolition de la peine de mort aux Etats-Unis. (... ) Si, si ! Et c'est une bonne pub pour l'image de notre boîte. (... ) Nous pouvons donc le garder ? (... ) Bien ! Mes respects divins, votre Toute-puissance !

L'ange raccroche. Gilbert entre à ce moment là, battant toujours des ailes.

Gilbert – Je crois que ça commence à venir. ( il retire ses ailes et son auréole ) Alors, pour mon affaire ?
L'ange – On vous garde. On peut dire que vous avez de la chance !
Gilbert – Le cul bordé de nouilles, je vous dis...
L'ange – ( faisant mine de n'avoir rien entendu, l'ange regarde son sablier ) Ah, je crois que notre temps est écoulé. ( il serre la main à Chapougnot ) On se revoit dans cent quarante sabliers, je crois ?
Gilbert – Exact. Adieu ! ( il rigole ) Je plaisante, à la prochaine !
L'ange – Au revoir et révisez bien votre deuxième testament !
Gilbert – Attendez moi. Pouvons nous faire un bout de ciel ensemble
L'ange – Pourquoi pas, je n'ai rien de prévu.

L'ange rejoint Gilbert.

L'ange
– ( quittant la scène ) Nous sommes curieux de connaître votre histoire de maison et de vos démélés avec le séraphin Duchemou...
Gilbert – ( en coulisse ) Cet ordure de Duchemou, vous voulez dire...

( rideau )

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