04 juillet 2007
Ma moitié
(H)umour
Ma moitié
A mi-temps
M’a tenté
Et tiré hors du temps …
Est-ce tentant ?
Sûrement envoûtant,
Nécessairement exaltant
Soyons partant …
Joie et euphorie,
Doute et désespoir,
Nostalgie, certain soir
Mais c’est la vie …
Et l’aventure
Tenons nous prêt
Pour un futur
Incertain, mais vrai …
L’examen de Spirit_775
Youni
[ Mercredi 24 Aôut 2005 – Armstrong, septuple vainqueur du Tour de France convaincu de dopage. Néanmoins ses victoires dans la Grande Boucle ne lui seront pas retirées]
( Recrudescence des infections à Hantavirus, Nord-Est de la France Point InVS au 24 août 2005)
réf : http://www.invs.sante.fr/presse/2005/le_point_sur/hantavirus_240805/hantavirus_240805-3.gif
Elias a donné rendez-vous à Spirit_775 pour son examen final. Si celui-ci se passe bien - et Elias a confiance en son élève - il pourra passer au niveau supérieur dans l’ordre des esprits. La première épreuve concerne la maîtrise des coïncidences, sujet sur lequel ils se sont beaucoup donnés. Pour cela, Elias a décidé que chacun devait prendre une apparence secrète, et se connecter sans préciser les personnages qu’ils ont décidé d’incarner. Comme ils ont beaucoup travaillé sur B-13-V01, plus précisément sur la période critique du début vingt-et-unième siècle, ils ont convenu de matérialiser une bibliothèque municipale de l’époque, la médiathèque Jean-Pierre Melville, dans le treizième arrondissement de Paris.
Elias se concentre avec Spirit_775 pour visualiser ensemble la grande salle de la médiathèque. Pour que l’épreuve soit bien menée, chacun pose une barrière mentale sur l’apparence qu’ils ont décidée de prendre et de cacher à l’autre. A part le lieu qu’ils décident d’évoquer mutuellement, les personnes qu’il vont rencontrer leur seront étrangères : simplement, elles seront l’émanation de l’état d’esprit que les deux esprits ont choisi de mentaliser.
L’exercice n’est pas facile pour Spirit_775 car il doit pour la première fois être totalement humain et côtoyer directement d’autres personnes même si celles-ci ne sont que le fruit de leur propre projection mentale.
Spirit_775 est quelque peu nerveux. C’est un grand jour, il peut passer au niveau supérieur, cela ne tient qu’à lui. Il voudrait bien être aussi serein qu’Elias, mais Spirit_775 ne maîtrise pas encore totalement sa sensibilité et se sent à des années lumière de la sérénité divine de Youni ! Il sait par contre qu’il peut faire confiance : les maîtres spirituels ne sont pas là pour punir, mais oeuvrent pour la B.C. Et Spirit_775 s’est engagé à leur coté en partageant totalement les valeurs défendues, même si à un moment cependant, il a failli basculer vers les F.0 : celles-ci proposent des réussites spectaculaires et il est très tentant de se laisser aller à leurs charmes diaboliques. La brillance même provisoire est une attraction permanente et s’il a pu résister jusque là, c’est que l’émerveillement et la joie sont des sensations autrement plus gratifiantes sur le long terme et il compte bien poursuivre sur ce chemin.
Il réfléchit à son apparence. Il ne sait pas vraiment pourquoi, mais l’image de Tintin, le héros de Bande dessinée créé par Hergé lui vient à l’esprit. Allons donc pour Tintin ! Mentalement, il en prend son apparence : houppette, air juvénile, culotte de golf. Mais il ajoute aussi une moustache, un léger strabisme dans le regard, un petit embonpoint et une taille courte, éléments le distinguant du héros de Hergé pour éviter d’être reconnu immédiatement par une ressemblance trop parfaite. Ce serait trop facile pour Elias !
Il est prêt. Il se dirige vers la médiathèque et entre dans la grande salle. Pour l’instant, rien ne lui fait ressentir la présence de son professeur. Il se dirige vers les présentoirs où se trouvent les journaux et différentes revues. A coté de lui, un vieux monsieur, très grand et maigre, les mains noueuses, lit le journal « Le Monde », appuyé sur un des montants du présentoir.
« Ce n’est pas lui... » Spirit_775 ne ressent rien à sa présence. Il quitte le rayonnage pour se diriger vers les Bande dessinées.
Un groupe de jeunes est assis à même le sol, plongés dans leur lecture. Spirit_775 passe en revue les ouvrages : il y retrouve toute la série des « Alix » de Jacques Martin, les « Tintin » bien sûr, les « Blake et Mortimer » de Jacobs, toute l’école belge. Les livres sont rangés dans de grands caissons en bois, par auteur et aussi par série. Où peut bien se cacher Elias ?
Spirit_775 sent une inquiétude poindre. Et s’il échouait ? Il regarde autour de lui : Tout d’abord les jeunes. Elias pourrait-il être l’un d’eux ? Plus loin, un couple, autour de la quarantaine, tous deux présentant un aspect intellectuel, se promène le long des ouvrages historiques. Un peu plus loin, une « vieille fille », la trentaine mais paraissant plus que son âge - ce que suppose Spirit_775 - petite, un peu enveloppée, jupe plissée trop longue et un gilet lui descendant presque au niveau des cuisses, s’est accroupie pour chercher un livre.
Elle en a déjà un à la main. Elle se trouve à la section des romans mi fantastiques, mi poétiques. Un sourire radieux l’illumine : elle vient de trouver ce qu’elle cherche : il s’agit de « Toujours en avant ». Un ouvrage presque inconnu, sur l’établissement d’une nouvelle communauté rassemblée autour de personnes aux dons paranormaux développés. Son visage déjà très doux est embelli par la joie de sa découverte. Son émotion rejaillit sur Spirit_775 qui éprouve un joyeux sentiment de tendresse pour cette inconnue.
Il se remet à observer les personnes à l’intérieur de la médiathèque et prend machinalement plusieurs Bandes Dessinées et continue sa prospection en marchant lentement. Il est maintenant dans la partie ouvrages scientifiques : beaucoup d’œuvres autour de la relativité, la mécanique quantique et aussi des titres de vulgarisation sur les fractales et la théorie du chaos. A coté de lui, un monsieur replet, fébrile, crinière blanche à la « Einstein », un carnet à la main, prend des notes à partir des manuscrits qu’il a choisis. Il écrit de manière compulsive, son calepin est déjà bien rempli. Il est très efficace, les livres ne restent pas longtemps entre ses mains, aussitôt il en cherche de nouveaux.
Spirit_775 est de plus en plus tendu. Il passe aux rayons sur la spiritualité : plusieurs ouvrages du docteur Deepak Chopra, un autre d’Eve Lynn sur le « Chanelling », plusieurs brochures plus techniques aussi sur le druidisme, le Yi-King, les arts divinatoires, des ouvrages religieux sur le pape Jean-Paul II… Il croise un homme crane rasé, en tenue de moine tibèthains, bloc-note à la main, qui marche très lentement et semble en méditation.
Spirit_775 sourit intérieurement. La spiritualité, ça le connaît. Enfin… un peu. Et toutes ces approches humaines, si elles ne sont pas fausses, sont en fait une petite fenêtre sur le G.T.(1) inimaginable dans son ensemble pour l’esprit humain. Mais cela ne résout pas son problème. Où donc se cache Elias ? La seule règle convenue entre eux est que chacun doit prendre une apparence humaine plausible.
Spirit_775 passe rapidement devant des ouvrages de poésie : deux jeunes d’une trentaine d’années, l’un bien vêtu, les cheveux longs, costume noir, chemise blanche et nœud papillon discute passionnément avec son ami – mais à voix basse pour ne pas perturber le silence demandé dans une salle de lecture –. Son interlocuteur est du même âge, mais habillé négligemment, costume de velours un peu défraîchi et un Borsalino vissé sur ses oreilles. Apparemment un différend les oppose, chacun essayant de persuader l’autre par des arguments qu’ils pensent tous les deux être imparables.
Spirit_775 est désespéré. Rien. Il ne ressent rien. La présence d’Elias est bien invisible. Il se dirige vers une des tables encore libres et décide de se laisser aller et vivre l’instant présent. Une des grandes règles qu’il a apprises avec Elias : ne jamais forcer, vider son esprit de toute pensée perturbatrice.
En s’y dirigeant, il passe par la partie « Beaux Arts », croisant une très belle femme, blonde aux yeux bleus, habillée de noir, les boutons dorés de sa veste rappelant le jaune pâle de ses cheveux qui lui descendent par mèches vrillées jusqu’à la base du cou. Même si une distinction rare émane de sa personne, elle fait plus penser à un marquis, époque Louis XIV, qu’à une marquise en crinoline. Elle est plongée dans un ouvrage sur Dali, une mallette noire à ses pieds.
« Tant pis. Puisque j’ai pris des livres... » Abandonnant un moment ses préoccupations, Spirit_775 s’installe à la table et ouvre la première des trois Bande dessinées qu’il a empruntés. Il s’agit de « Little Nemo » de Windsor Mac Kay, œuvre qui date du début du vingtième siècle. Plusieurs minutes se passent où Spirit_775 est plongé dans l’œuvre graphique de l’américain, quand des éclats de voix lui font lever la tête. Il s’agit du couple au rayon historique. La femme est sûre d’elle même :
« Je t’assure qu’il ne s’agit pas du LarocheFoucauld des maximes !
- Mais si ! Regarde ce qui est écrit, répond l’homme en lui mettant le livre sous les yeux.
- Et Lafayette ?
- Quoi, Lafayette ?
- Tu sais que ce que nos recherches ont un rapport avec Lafayette. De son départ aux Etats Unis, avec le voilier L’Hermione.
- L’Hermione ! Bon Dieu, j’avais complètement oublié. » L’homme réfléchit un instant pour convenir finalement qu’elle a raison :
« Alors je peux le reposer… »
Ils s’en retournent au rayonnage historique. Spirit_775 les suit un instant du regard, amusé, quand un flash surgit soudainement à son esprit :
« C’est lui ! » Il se lève et marche rapidement pour rattraper le couple :
« S’il vous plaît ! » L’homme et la femme se sont retournés, surpris.
Spirit_775 continue :
« Excusez moi de vous importuner. Mais vous n’êtes pas Elias. Enfin, je veux dire… vous ne vous prénommez pas Elias ? – il s’est adressé à l’homme.
- Pas du tout. Je m’appelle Adrien. Vous devez confondre...
- Ah ?... Alors, je me suis trompé… - la déception de Spirit_775 est énorme. Vous... vous ressemblez à quelqu’un que je croyais reconnaître. Encore une fois, toutes mes excuses.
- Ce n’est rien. »
Le couple regarde interloqué Spirit_775 qui retourne lentement à sa table. Il est déçu, vexé et défait. Il va rater son examen, c’est sûr ! Comme un automate, il va pour sortir, quand une voix l’interpelle :
« S’il vous plaît !
- Oui ? - Spirit_775 s’est retourné.
- Vous oubliez de rendre vos livres.
- Hein ? – Spirit_775 regarde les Bandes dessinées qu’il a effectivement encore à la main.
- Ca ne va pas ? » La jeune fille bibliothécaire qui s’est adressée à lui s’est rendue compte de son égarement.
« Ne vous inquiétez pas. Cela ne va pas durer. » Effectivement, après s’être rassis à sa table, Spirit_775 pratique un court exercice de concentration et se reprend.
« C’est vrai. Rien n’est grave. Si je rate l’examen, au moins j’aurai tout fait pour le réussir. C’est que je ne suis pas prêt… »
Il ouvre le deuxième livre qu’il a emprunté, l’auteur lui est inconnu : Fanny Montgermont. Le titre : « Elle ». la couverture représente une jeune femme blonde aux yeux bleus, de face, et qui présente les mains jointes de l’eau au lecteur. A son dos, sont accrochés des morceaux de boiserie reliés entre eux pour former des ailes. Il a ouvert la première page. Celle-ci représente une carte d’une ville, des points noirs la ponctuant : « Ville de Rennes – 1943 – Carte des bombardements ». La BD raconte l’histoire d’une jeune fille à Rennes qui voudrait être un ange. Spirit_775 relève la tête songeur. Il revoit les personnes qu’il a croisées dans la bibliothèque : l’homme âgé dans les journaux, Les jeunes « Bédéistes », la vieille fille sentimentale, le couple « Larochefoucauld », le scientifique, les deux poètes, le moine, la jeune femme blonde tout en noir et sa malette, la bibliothécaire…
Cette fois, Spirit_775 en est sûr. Il se lève précipitamment pour rendre les livres à la bibliothécaire. Il regarde autour de lui : elle n’est plus là ! Il s’adresse, presque affolé à la jeune fille :
« La femme blonde ! Où est-elle ?
- La femme blonde ? Celle à la veste noire ?
- Oui.
- Elle vient juste de sortir !
- Merci bien. »
Spirit_775 sort en courant :
« Pourvu qu’il ne soit pas trop tard… »
Il est maintenant sur le trottoir de la rue Nationale et regarde autour de lui. Il l’aperçoit, toujours sa mallette noire à la main, qui se dirige lentement vers la rue de Tolbiac, à une vingtaine de mètres devant lui :
« ELIAS ! »
Il a crié du plus fort qu’il pouvait. Des passants se sont retournés, surpris. Mais la femme blonde ne l’a pas entendu. Spirit_775 se met à courir comme un dératé et arrive presque à la hauteur de la femme :
« Elias ! Je t’ai reconnu. » Les nuages qui ont caché jusque là le soleil, laissent alors passer deux traits lumineux qui font comme des ailes au dos de la jeune femme.
« Elias ! Allez, je t’ai reconnu ! » La jeune femme se retourne en souriant :
« Enfin ! J’ai failli désespérer, tu sais ?
- Et moi donc…
- Première réflexion : toujours y croire. C’est du plus profond que vient l’émerveillement.
- Araok Atao !
- Et si on s’en jetait un ?
- Tu as raison, tout cela m’a donné soif ! »
Ils se dirigent vers un café qui fait angle entre la rue de Tolbiac et Nationale.
(1) G.T. : Grand Tout
Le diplôme
Youni
[ Vendredi 26 Aôut 2005 – un incendie a fait 17 morts et une trentaine de blessés dans la nuit de jeudi à vendredi dans un immeuble d'habitation de six étages du boulevard Vincent Auriol. ]
réf : http://jlhuss.blog.lemonde.fr/files/nps_copie_1.jpg
Elias et Spirit_775 se sont assis à la terrasse de café. Spirit_775 est assez décontenancé par l’apparence prise par son professeur : imaginer que cette femme blonde est aussi le petit homme rondouillard qu’il a connu jusque là le déboussole. Qui ne le serait à sa place ?
Elias pose sa mallette noire sur la table, en extrait un petit cahier à spirales et un crayon :
« Bon. Aux choses sérieuses. Un premier bon point, tu m’as reconnue. De justesse, mais tu as réussi.
- Et vous ? » Spirit_775, toujours subjugué par l’apparence d’Elias, n’ose la vouvoyer. Mais Elias semble maintenant embarrassée pour répondre à sa question :
« C’est à dire que...
- Bon, ça va ! Ce n’est pas vous qui passez l’examen. Mais un petit recyclage, peut-être...
- Holà ! Pas d’ironie. Si tu me mets en boîte, je ne suis pas sûre d’être impartiale. Par contre, tu as raison : ton déguisement est superbe, un bon point de plus. Et puis, oublie mon image, tutoie moi. Je suis très curieuse de savoir comment tu as fait pour me reconnaître.
- La mallette.
- Quoi ?
- Oui : votre... Euh, ta mallette noire. Vous... Enfin, " tu " l’as toujours eue avec toi. Tu ne t’en sépares jamais !
- Et... C’est tout ? – Elias semble assez surprise.
- Ben... Oui. Et puis je me sentais bien sur ce coup.
- Et... Tu n’as rien vu d’autre ?
- Pas vraiment. Des petites choses, oui. Mais pas significatives. »
Elias regarde avec intérêt son élève :
« Ca, alors... Tu es le premier qui marche aussi fort à l’intuition. Il est nécessaire que je m’entretienne avec Youni pour évoquer cet aspect des choses. C’est une voie à explorer, je pense. Et pour toi, un bon point de plus. »
Il en faut dix à Spirit_775 pour réussir :
« Qu’est-ce qui m’aurait permis de te reconnaître ?
- Eh bien, à quoi je ressemble ? »
Elias a souri gentiment à Spirit_775. Les yeux bleus de cette femme blonde qui le fixent intensément le troublent beaucoup : il n’a pas l’habitude des relations humaines, surtout avec une femme aussi belle et désirable. Ce ne serait pas un esprit, il est sûr qu’il en tomberait amoureux !
Il répond au bout d’un court instant :
« Eh bien… je ne sais pas... - il la regarde attentivement – à un ange ?
- Exact ! Un ange à apparence humaine !
- Et alors ?
- D’un : je ressemble à un ange De deux, le livre que tu as lu...
- Little Nemo ?
- Non ! L’autre. Quoique le « Little Nemo »… Mais il correspond plus à toi, pas à moi. Et je suis impardonnable. J’aurais du faire le lien : Little Nemo, Tintin ou encore : l’enfant, l’ado.
- Attends, je réfléchis au livre : il s’agit de... cette histoire... Bon Dieu ! C’est évident ! »
Elias lui sourit à nouveau, Spirit_775 continue enthousiasmé :
« Et de deux : Elle ! comme ailes ! Ou comme Elias, ton nom ! Et de trois, il s’agit d’une jeune fille blonde qui te ressemble. Et de quatre, l’histoire se passe à Rennes, Bretagne, pas loin des origines de Juliette, blonde elle aussi et à qui tu ressembles… Et de cinq, un rayon lumineux lui a dessiné des ailes, au moment où je t’ai rattrapée !
- Bien ! Je te donne un demi point. Déductions tardives, mais justes… Bon, je continue. Je pense que tu ne vas pas avoir trop de problèmes pour me répondre… D’abord, que penses-tu de cette histoire de petite feuille ?
- Eh bien... Il s’agit de la manifestation dans le matériel de la Vibration Universelle. Une manifestation de l’Amour en quelque sorte. Je sais que cela peut paraître grandiloquent...
- Non. Pas du tout. Tu es dans le vrai… Enfin, dans le vrai que nous pouvons appréhender. Continue... »
Spirit_775 a repris confiance. Il « Sait » maintenant qu’il est sur la bonne voie concernant son examen. Il boit une gorgée de son demi de bière, qu’il déguste lentement avant d’avaler puis poursuit :
« Oui. Mais une précision : tout ce que je peux dire a trait à l’univers que nous avons étudié. Le fameux B13-V-01, la terre époque début du vingt-et-unième. Cette vibration donc, qui nous dépasse et vers laquelle les êtres humains à leur modeste niveau essaient de se raccorder, est liée pour moi à une notion d’Harmonie et de Perfection. Perfection que nous pouvons appeler Youni. Non ?
- Tout à fait juste, encore…
- Merci. Donc, le G.T. (1) essaie de produire cette Harmonie dans tous les aspects où cela peut se manifester. Et en particulier au niveau du monde physique. Un être humain ressent cette vibration quand il se sent « bien ». Ce qui signifie qu’il est en accord avec lui-même, sa structure profonde, qui lui est le plus souvent inconnue.
- Parle moi un peu plus des manifestations de cette vibration…
- Eh bien... Tiens, par exemple : quand Juliette et Arnaud font l’Amour. Il y a aussi cette histoire de martien et martienne… Ce sont des aspects différents de la même vibration...
- Bien. Tu m’intéresses. Tout cela est juste. Développe un peu l’idée.
- ... Et comme l’Homme est imparfait, dans l’Inconnu mais qu’il se sent bien, il va vouloir reproduire cette Harmonie. Et s’il ne pratique pas l’humilité, qu’il tombe dans l’orgueil et la croyance en son omnipotence, il va vouloir imposer son Harmonie aux autres.
- Bravo Spirit_775, deux points supplémentaires pour tes explications !
A son tour, Spirit_775 se met à sourire :
- Merci. Tu es bien généreux. Euh… Généreuse.
- Non : je suis juste. Poursuis, tu es en bonne voie de passer ton niveau…
- Omnipotence, donc ! Par bêtise et incompétence ou inexpérience, l’Homme veut imposer son cadre ses semblables. Mais il ignore, en ce début de vingt-unième siècle, que chacun a son propre schéma d’harmonie. Un, unique, singulier. Et si je peux me permettre une comparaison ?
- Oui.
- Eh bien, chaque être vivant est comme un instrument de musique. L’un est un piano, l’autre tambour, le troisième contrebasse... Chacun avec sa propre structure. L’Harmonie consiste à jouer correctement selon sa nature. Mais si par malheur le piano, par exemple, pense avoir raison et imagine que l’harmonie vient de lui, il va vouloir imposer sa nature de piano à tous les autres instruments. Leur dire comment il faut jouer. Bien sûr, le tambour n’est pas d’accord. Lui aussi, il sait ce qu’il doit faire ! En fait, tous les instruments devraient pratiquer la modestie : car le plus important est la Musique et tous doivent s’accorder et se mettre à son service. Travailler en Alliance et non en opposition.
- Très belle image : la musique ! Qui colle bien avec cette idée d’Harmonie Universelle, qu’on peut imaginer comme une grande symphonie. De plus, toute musique est vibration ! »
Spirit_775 boit du petit lait : la peur qu’il avait a totalement disparu. Elias l’a bien senti :
« Attention ! Ce n’est pas parce que tout ce que tu as dit jusqu’à présent me semble juste qu’il faudrait te prendre pour le " patron ". Ta recherche n’est pas finie, tu vas accéder au deuxième niveau et découvrir beaucoup d’autres aspects merveilleux.
- Tu as raison : rien n’est jamais gagné, nous devons toujours évoluer…
- Je ne te le fais pas dire. Mais revenons à cette début du vingt-et-unième et aux êtres humains…
- Oui. Donc, ne connaissant pas cette vérité sur l’Harmonie Universelle, à l’exception de quelques être ayant évolué dans leur quête spirituelle, celui qui a trouvé son bonheur va vouloir imposer son mode de fonctionnement aux autres. Pour leur « bien ».
- Bien Spirit_775. je vois que tu as bien saisi la " quintessence " de B-13-V01.
- Avant d’en arriver au vingt-et-unième siècle, plusieurs voies ont déjà été explorées : le religieux judéo-chrétien, qui a terminé par l’inquisition, puis en réaction la voie scientifique pure et dure, qui a buté sur le problème posé par la mécanique quantique. Dans le domaine politique, le communisme a dévié sur les goulags, le capitalisme sur la dictature monétaire, la démocratie a versé dans la médiocratie et le désir du contrôle de l’information s’est exprimé dans un développement anarchique de l’informatique. Et en ce début du vingt-et-unième, la globalisation et la mondialisation ont été des réponses exacerbées, les dirigeants pensant que l’unification est nécessaire ! Ce qui est faux.
- Exact : chaque être humain est unique. Vibre à sa façon. Impossible de faire entrer toute l’humanité dans un cadre unique. C’est voué à l’échec…
- Et cette période vingt-et-unième est une période charnière. L’Homme a acquis trop de pouvoir technologique, il peut tout détruire.
- ... Et les F.O. (2) comptent bien là dessus ! D’où notre lutte. Une dernière question et je te laisse tranquille : la solution ? »
Grand silence. Spirit_775 réfléchit longuement. Mais avoue son impuissance. Il va décevoir Elias, c’est sûr. Mais Elias n’est pas là pour le mettre mal à l’aise, ni pour le punir. Il le tire de l’embarras :
« Je n’en vois pas. Tout système binaire évolue apparemment vers son opposé.
- Alors, c’est foutu ?
- Je ne sais pas. »
1 : G.T. Grand Tout
2 : F.O. Forces Obscures
Le bogue de B13-V-01
Youni
[ 26 Aôut 218 Av JC - Le général carthaginois Hannibal traverse le Rhône à la tête de son armée, et se dirige vers les Alpes et l’Italie. ]
réf : http://hannibal.ste.trinite.free.fr/Images/h_alpes03.jpg
Spirit_775 est silencieux. Il se demande si toute la lutte entreprise pour la B.C. est vraiment nécessaire. Il en fait part à Elias :
« Si tout est foutu, pourquoi continuer la lutte ?
- " Araok atao " ! Toujours en avant. Quelle que soit la situation… Médite bien aussi là dessus - Elias rassure Spirit_775 qui a une moue de désappointement - Et oui ! Désolé de te décevoir, mais je n’ai pas encore atteint le niveau où se trouvent ces réponses. Mais j’ai peut-être une piste… »
Elias ouvre sa mallette et en sort deux autres bouquins. Il prend le plus petit et le montre à Spirit_775 : « L’oiseau blanc, ou sous le signe de la sciatique » d’Arnaud Delecour :
« Regarde donc le chapitre sur Childéric Jouillac ».
Spirit_775 a ouvert le livre et cherche le chapitre que lui a indiqué Elias :
- Mais Childéric est un personnage imaginaire.
- Oui… Et non. Si tu as suivi l’histoire de Juliette et Arnaud, ce dernier a écrit un livre sur les signes que nous lui avons envoyés, le bouquin que tu tiens entre tes mains. Ce qu’i est écrit est la réalité, mais transformée pour faire passer un message.
- En changeant leurs prénoms en Audrey et Vincent…
- Exact. Et Childéric Jouillac lui-même est une transformation d’un personnage réel. Un grand scientifique en marge de la société. Qui peut peut-être révolutionner celle-ci. En association avec d’autres, bien sûr ! Ce ne sont pas les intelligences qui manquent, mais elles sont vraiment mal employées. Bon, je te laisse lire. »
Spirit_775 a ouvert le petit volume au chapitre indiqué par Elias et le parcourt.
« Childéric : Einstein des temps modernes
L’idée de Childéric s’appuyait sur la physique en son état début du vingt-et-unième siècle. Ce qui le choquait était que rien de vraiment nouveau n’avait été mis au point depuis un siècle. Aucune nouvelle théorie, les deux piliers, Relativité Générale et Mécanique Quantique toujours aussi inconciliables. Mais qui fonctionnaient à la perfection, chacune dans leur domaine respectif. Childéric avait eu soudain l’intuition de ce qui posait problème : il avait été mis sur la piste par une nouvelle théorie qui supposait que la mécanique quantique parlait plus de l’Information sur les objets physiques, que des objets eux-mêmes. Et la fameuse formule E=MC2 ! Energie-Matière. Et si la dualité était une mauvaise piste ? Et pourquoi ne pas avoir une... « trinité » ? Energie-Matière-Information ? Childéric avait longtemps travaillé avant de trouver... ».
Spirit_775 a refermé le livre. Il comprend ce que l’idée de Childéric a d’intéressant. La réconciliation entre le matériel et le spirituel doit passer par l’informationnel. D’un monde dual, passer à un monde ternaire. Changer de niveau. Elias a suivi la pensée de Spirit_775 :
« Tu vois, il n’y a pas que toi qui changes de niveau ! Youni pense que la seule voie pour que l’humanité s’en sorte est aussi accéder à un nouveau niveau. Ce à quoi s’opposent fortement les F.O. !
- Mais comment arriver à cette nouvelle forme de fonctionnement ?
- Ah, ça, mon gars, seul Youni le sait !… Et ce n’est pas gagné. Eh, dis donc, il fait soif ! Si tu allais nous chercher deux nouvelles bières ?
- Pas de refus ! »
Spirit_775 se lève et va au comptoir passer la commande, puis il revient à leur table et se rassied :
« Les bières arrivent. Et pour mon examen ?
- Pas de problème. Tu le mérites haut la main. Je n’ai pas le décompte des points, mais tu en as plus que dix, c’est sûr.
- Merci ! Mais j’ai quelques questions encore à te poser.
- Oui ?
- Tout d’abord, le titre avec cet " oiseau blanc " ?
- Je ne sais pas trop. C’est peut-être l’Esprit. Ou l’Information. Ou le Messager. Ou encore l’Amour… Mais il ne faut pas chercher trop loin. Ce n’est qu’un support.
- Pareil pour la « sciatique » ?
- Ah, non ! Là il y a une explication technique : dans un monde parallèle, le B-Z-H56 je crois, une nouvelle constellation est découverte. Au bout d’un certain temps, les savants s’aperçoivent qu’elle ressemble au trajet du nerf sciatique. Cela te va comme explication ?
- Je dois bien m’en contenter ! Alors, aucun rapport avec la sciatique d’Arnaud ?
- Bien sûr que si ! C’est aussi une explication. Le début pour lui des coïncidences. D’autres questions ?
- Oh, oui. Des tonnes. Mais une au moins : Larochefoucauld. Qu’est-ce que cela vient faire dans l’histoire ?
- Là, je ne sais pas. Peut-être une vibration destinée à un autre monde et qui est arrivée par hasard et amoindrie dans le B-V-13… Si cela t’intéresse, je poserai la question à Youni.
- Je t’en remercie d’avance.
- De rien. Ah, une bonne nouvelle. Une fois terminée notre mission B-V-13, nous serons sans doute affecté sur X-1276-234.
- Oui ? Et cela signifie ?…
- Mars ! On devra plus particulièrement suivre T’lijeute et Radnua. Partant ?
- Plutôt deux fois qu’une ! »
Elias et Spirit_775 regardent tranquillement les passants qui s’activent autour d’eux. Ils ne disent rien, même si d’innombrables questions continuent à se poser pour Spirit_775. Finalement, c’est Elias qui rompt ce silence :
« Tiens. Je t’ai amené deux autres livres. Si tu veux jeter un œil ». Spirit_775 prend le premier ouvrage que lui tend Elias. Les pages du manuscrit sont blanches, aucun titre, aucun auteur ! Spirit_775 est surpris :
« Qu’est-ce que cela veut dire ? Elias regarde le livre que lui rend Spirit_775 :
« Oh, mince ! Je me suis trompée. Je voulais te montrer " Toujours en avant ", car il y est aussi question de Communauté et cela aurait pu t’éclairer sur ce fameux Centre de Juliette et Arnaud... Désolée. Le livre que tu as entre les mains n’est pas encore écrit. Il s’agit de la transcription de notre aventure sur Mars… Mais l’histoire n’est pas commencée.
- Et cet autre bouquin ?
Elias sourit en lui tendant : il s’agit encore de " L’oiseau blanc, ou sous le signe de la sciatique " . Spirit_775 est à nouveau surpris :
« Je l’ai déjà vu.
- Pas possible ! Tu crois que c’est celui d’Arnaud, mais il s’agit cette fois de notre propre histoire !
- Quoi ?
- Oui ! Tout ce qui nous est arrivé y est écrit !
- Incroyable ! – curieux, Spirit_775 a ouvert le livre.
- Mais fais attention ne lis surtout pas la page 230 de la troisième partie, car... »
Trop tard ! Coïncidence ou pas, Spirit_775 est justement sur cette fameuse page et subit de plein fouet la mise en abîme quand il lit la phrase :
« Coïncidence ou pas, Spirit_775 est justement sur cette fameuse page et subit de plein fouet la mise en abîme quand il lit la phrase :
« Coïncidence ou pas, Spirit_775 est justement sur cette fameuse page et subit de plein fouet la mise en abîme quand il lit la phrase :
« Coïncidence ou pas, Spirit_775 est justement sur cette fameuse page et subit de plein fouet la mise en abîme quand il lit la phrase :
« Coïncidence ou pas, Spirit_775 est justement sur cette fameuse page et subit de plein fouet la mise en abîme quand il lit la phrase :
« Coïncidence ou pas, Spirit_775 est justement sur cette fameuse page et subit de plein fouet la mise en abîme quand il lit la phrase :
Youni :
« Holà ! Qu’est-ce qu’il se passe par là ! Il doit y avoir un bogue dans le programme. Je n’avais pas prévu cette coïncidence. Tant pis, je coupe tout momentanément… »
Tout retourne au néant à l’exception d’une voix angélique après quelques secondes.
Secrétaire particulière de Youni :
« Veuillez nous excuser pour l’interruption indépendante de notre volonté de l’Univers B13-V-01, nous le remettons en fonction le plus rapidement possible"
...Musique de « Ainsi parlait Zarathoustra »...
» » » »
...Extension douce de la musique de « Ainsi parlait Zarathoustra »...
Petit à petit les lumières reviennent et le café qui fait angle entre la rue de Tolbiac et Nationale reprend vie.
Elias est un peu courroucé.
« Tu n’en feras jamais d’autre, que va penser Youni ? ! Tu as de la chance que je t’avais déjà donné ton diplôme…
- Désolé, je ne l’ai pas fait exprès ! »
En fait, Elias a envie de rire :
« Je ne t’en veux pas. Mais avoue quand même.
- Tu as raison. Tu ne trouves pas qu’il fait encore soif ?
- C’est vrai. Garçon !… »
Août 2008 – Juliette et Arnaud
Vibration quantique ou
Alternative quantique ou
Univers quantique
[ Mercredi 6 Juillet 2005 - c'est ce matin, peu avant trois heures, que les cinq villes candidates pour accueillir les jeux Olympiques d'été de 2012, ont passé leurs oraux. A 13 h 49, le vainqueur a été annoncé, il s'agit de Londres à 54 voix contre Paris à 50 voix. En France, c'est la déception. Paris enregistre un troisième échec après les Jeux de 1992 (attribués à Barcelone) et de 2008 (attribués à Pékin). David Douillet indique que la France « a fait le maximum » et qu'elle n'a « pas à rougir ». « Nous devons perdre dans la dignité », a-t-il déclaré avant d'ajouter que « nous, nous avons respecté les règles ». ]
( réf : http://blog.fanch-bd.com/images/politique/delanoe_01.jpg )
Le ciel s’est légèrement entrouvert sur la Bretagne, les herbes sèches et les broussailles épineuses de la côte sauvage ondoient doucement sous la caresse de ce vent printanier, ainsi que la petite voile de l’esquif couché sur le flanc, petite barque posée sur la plage de sable fin de la crique au bas de la falaise escarpée.
Marée montante.
Tout frissonne tendrement sous le frôlement de l’air, tout est mélodieux.
Ils ont arrêté la voiture au bord de la route pour continuer à pied le long d’un sentier au départ bordé de pins et de touffes d’ajoncs, puis de quelque touffes d’herbes drues lorsque le sentier continuait à longer la falaise.
Juliette et Arnaud sont maintenant en haut de la falaise rocheuse, face à l’océan. Après avoir bien contemplé le paysage, se tenant la main, reposés, ils ferment les yeux.
Pieds fermement posés au sol, pour mieux ressentir l’énergie du lieu.
L’eau, la mer...
Portés par la marée, les flots se déversent le long de la côte, claquements réguliers des vagues le long des rochers, sons distants qui arrivent étouffés aux oreilles de Juliette et Arnaud.
Rythme régulier, mais en observant plus attentivement chaque vague déferlant le long des rochers, un observateur consciencieux se serait aperçu que chacune était singulière, nulle ne ressemblant à la précédente ou à la suivante.
Paradoxe de la régularité et du changement.
L’air, le vent...
Chaque élément du lieu entre en résonance avec la pulsation environnante, vibre selon sa propre nature, sans heurt ni violence, en communion avec le souffle aérien ambiant.
Le vent a pris possession de la côte et circule amoureusement comme une immense aile se déployant et enveloppant tout le paysage.
Passant et repassant, il fait vibrer chacun des éléments qu’il rencontre sur son passage à travers de douces caresses.
Un oiseau blanc...
Le vent est son propre souffle, mais aussi l’ondulation des rares touffes d’herbes, le crissement léger du sable de la crique, l’envol des gerbes d’écume des vagues frappant les rochers, l’étirement des nuages voyageant lentement à travers le ciel, le claquement de la voile de la petite embarcation, le cliquetis de ses gréements, la rugosité des pointes acérés des rochers au bas de la falaise, les effluves volés aux pins du petit chemin côtier...
Il est souffle, aveugle à lui-même mais se ressentant à travers la pluralité des autres. De même, tout élément du lieu est aveugle à sa propre nature, mais cependant conscient d’« être » par l’intervention du souffle qui circule.
La terre...
Elément de stabilité, qui porte toute évolution. Là pour la marée montante, là pour la marée basse...
Là... Soutenant les bâtisses des êtres humains ; supportant les arbres centenaires ; accueillant les nids et les terriers ; permettant la croissance des gerbes de blé ; donnant de sa substance pour le tracé des chemins bordés de haies coupe-vent ; prêtant sa surface pour les prés verdoyants où jouent les enfants et se couchent les amants, pour les lavoirs, les églises, les manoirs d’antan, les ruines...
Toujours là...
Elément porteur de toute évolution. La côte est restée naturelle : pour une fois sensé, l’homme a coopéré avec respect et harmonie et n’est intervenu que par petites touches, comme avec le tracé de ce chemin courant le long de la falaise, minuscule cicatrice qui permet à l’être humain de participer à la magie du lieu.
Liberté, pas d’amour sans liberté : les autres éléments ont été laissés en paix, entre les mains de la nature...
Enfin, le feu...
Toujours imprévisible. Flamboyant, rougeoyant ou minuscules étincelles d’un souffle presque éteint...
Ce jour, quelques rayons de soleil percent par intermittence à travers la masse nuageuse.
Ombres et lumière, tons pastels puis flamboyants pulsent par le rythme du vent déplaçant les nuages.
Une symphonie naturelle.
La terre, moments de silence ponctuant la musique.
Quelques courts instants de rayons lumineux, par intermittence, comme des coups de cymbales...
L’eau, étendue presque immobile à l’horizon, roulant ses vagues le long des rochers, allegro...
Et la mélodie joué par ce vent printanier, improvisé chef d’orchestre de cette comédie musicale.
Et tout est. Immuable et toujours en évolution...
Arnaud et Juliette sont heureux, et ressentent de tout leur être la joie de vivre la volupté de l’existence.
Mais intérieurement, ils se sentent frustrés d’en rester là : leur ego souhaite autre chose. Un frisson plus intense, une convulsion amoureuse, ou tout autre sensation inconnue.
Oh, ils ne demandent pas grand chose, ni que cela dure pour l’éternité, mais uniquement un court instant pour eux.
Rien que pour eux... Oublier un court moment l’harmonie universelle, être entièrement et pleinement égoïste.
Le vent a aussi une pensée de ce genre et décide de vibrer un peu plus intensément.
Juste un court moment. Un court instant.
Oh, uniquement un minuscule changement, cela ne risquait pas de perturber l’ordre et tout reviendrait comme avant une fois son expérience achevée. Un saut quantique minuscule en quelque sorte, juste pour voir.
Coïncidence, ces deux pensées entrent en résonance au même instant : Juliette toute à sa méditation augmente très légèrement sa concentration, Arnaud se laisse porter un peu plus par son imaginaire.
La conjonction de ces deux évènements provoque un flash commun.
Le temps disparaît soudainement. C’est un saut dans l’inconnu. Le frisson de la peur et aussi l’extase du renouveau, il faut faire confiance.
Le temps pour leur esprit de tournoyer quelques secondes, tout l’univers des possibles se met ainsi à exister, un temps de suspens pour toute réalité.
… Juliette est T’Lijeute, sur Mars, assise à coté de Radnua, le long du canal d’inondation d’Ares Vallis, à une quarantaine de kilomètres de la ville de Douce-Cudi... Elle est aussi « Spirit_775 », l’élève spirituel formé par Youni... Enfin, elle est canal d’énergie...
Et elle communique ses pensées à Arnaud.
Lui, comprend alors enfin la véritable nature de Juliette. Se laissant aller à son tour, il partage ses pensées avec elle : il est flot d’informations submergeant espace et temps. Il est ferme bretonne de ses grands parents, odeur du pain grillé, jeux dans les prés avec ses cousins cousines, il est toute sa jeunesse...
Mais il est aussi futur, Centre d’accueil, projet en commun initié par Juliette.
Communiant leurs pensées, ils sont soudainement un. Avant la séparation. Un flash formidable où tout se mélange.
Terre, Mars, Vénus, Etoiles, Big bang, Esprits, Temps ancien, plus particulièrement fin dix-huitième, dans la famille Laroche Foucauld au moment où Lafayette embarque pour l’Amérique, Alliance avec « Youni ».... et aussi Temps imaginaire de Simplette et Pluto...
La dépense d’énergie est considérable, ils ne peuvent rester suspendus hors du temps éternellement en symbiose. Doucement, lentement ils reprennent contact avec la réalité ambiante.
Un peu étourdis, ils regardent tranquillement l’océan face à eux.
Le Centre. Ce fameux Centre... Il allait exister. Peut-être pas ici, mais sûrement dans un endroit comme celui là...
Au bout de quelques instants, il s’en retournent sur le chemin bordé d’ajoncs. La voiture s’éloigne lentement, retour vers Quiberon, puis Paris.
Les vagues continuent à battre le long des rochers, comme si rien ne s’était passé...



